Investir dans les actions

En l’absence d’accord bilatéral, un Brexit « sauvage » frapperait les banques, l’automobile, les supermarchés et l’aérospatiale, dissent les analystes d’actions de Morningstar.
par Alex Morozov | 11-12-18

Parier sur le résultat du débat politique n’est pas notre point fort, et le vote prochain de la Chambre des communes britannique qui pourrait déterminer l’orientation à court terme de la cinquième économie mondiale n’y fait pas exception.

A propos de l'auteur
Alex Morozov, CFA, is director of European equity research for Morningstar Holland BV, a wholly owned subsidiary of Morningstar, Inc. He leads a team of equity analysts based in Europe who cover European and global companies across all major sectors of the economy. Before assuming his current role in 2014, Morozov was head of global healthcare equity research. Previously, he was a senior equity analyst, covering the medical instruments, life sciences, and diagnostics industries. Before joining Morningstar in 2006, Morozov worked in the insurance industry. Morozov holds a bachelor’s degree in finance, with a minor in mathematics, from the University of Missouri. He also holds the Chartered Financial Analyst® designation.

Toutefois, en tant qu’analystes ascendants axés sur les données fondamentales et sur le long terme, nous voulons nous assurer que nos analyses de l’industrie et nos modèles tiennent effectivement compte des risques macroéconomiques et politiques. Cette étude s’inspire du pire cas de figure représenté par un Brexit sauvage sans accord bilatéral pour soumettre certains modèles à un test de tension faisant intervenir nos sociétés les plus exposées à l’économie britannique et au Brexit.

Alors que nous identifions quelques firmes qui pourraient être confrontées sur le long terme à des développements défavorables à la suite d’un Brexit sans accord, notamment dans l’industrie automobile, nous considérons également la plupart des perturbations comme des phénomènes essentiellement à court terme, donc peu aptes à modifier fondamentalement nos vues à long terme. Nous croyons tenir compte comme il convient du risque additionnel que cela comporte par le truchement de nos cotes d’incertitude, et voyons plusieurs occasions de placement alors que le marché devient nerveux à l’approche du Jour J.



Alors qu’une baisse sévère et prolongée de l’économie britannique aura des implications importantes sur les sociétés axées sur le Royaume-Uni (celles dont les revenus sont pour la plupart liés au marché britannique, nous devrions à tout le moins être conscients de l’effet potentiel de contagion qu’exercerait une récession mondiale, même si la plupart des prévisions dont nous avons pris connaissance ne considèrent pas que cela constitue un risque important. Pour le moment, nous présumons que dans le pire cas de figure d’un Brexit sauvage, la chute du marché se limitera principalement au Royaume-Uni, avec un effet modeste sur le reste de l’Union européenne.

La baisse occasionnée par le Brexit touchera le plus durement les actions à petite capitalisation

La recherche de Morningstar sur les actions mondiales est souvent déséquilibrée en direction des actions à grande capitalisation, souvent aussi des multinationales. À l’exception de quelques industries axées sur le Royaume-Uni, comme les détaillants alimentaires et les télécoms, les sociétés que nous couvrons sont présentes dans le monde entier, ce qui atténue l’impact éventuel qu’exercerait une chute économique circonscrite au Royaume-Uni.



Sans surprise, les petites sociétés britanniques qui constituent la plus grande partie de l’Indice FTSE 250 vont probablement être frappées de plein fouet par le repli économique, ce qui a déjà nui à leur rendement par rapport à leurs pairs à plus grande capitalisation de l’Indice FTSE 100, surtout depuis qu’a commencé à circuler la nouvelle d’un vote imminent rejetant la proposition de la Première Ministre Mme May. L’habitation, la construction et le commerce de detail en particulier sont les secteurs les plus susceptibles d’être touchés dans cette conjoncture récessionniste.

L’automobile intégrée à l’UE

L’Industrie automobile britannique connaît une intégration profonde dans l’UE, notamment dans les domaines de la production de véhicules et de la fabrication de pièces. Les liens commerciaux de l’industrie automobile sont particulièrement forts entre le Royaume-Uni et l’Allemagne. L’Allemagne est la destinataire principale des exportations de véhicules et de pièces automobiles fabriqués au Royaume-Uni. Juste derrière les États-Unis, le Royaume-Uni est la deuxième destination des exportations d’automobiles et de pièces allemandes. Le commerce automobile avec la France, l’Italie et l’Espagne est lui aussi très important.

Si des droits de douane commerciaux n’étaient imposés qu’aux véhicules importés, le consommateur britannique pourrait s’orienter vers des produits concurrentiels échappant aux droits de douane de l’UE. Toutefois, les droits de douane européens sur les pièces automobiles posent bel et bien un problème, en déclenchant aussi des augmentations de prix potentielles pour les véhicules fabriqués au Royaume-Uni. BMW (BMWYY), Jaguar Land Rover, Vauxhall et Nissan (NSANF) sont des marques qui présentent toutes des risques.

Le risque existe bel et bien pour les banques britanniques

Les banques sont particulièrement sensibles aux chocs inattendus, comme la sortie chaotique du Royaume-Uni de l’Union européenne sans accords commerciaux, qui peuvent souvent déclencher une perte de confiance et être les catalyseurs d’une crise majeure.

Cinq banques de l’univers que nous couvrons ont d’importantes activités commerciales et de détail au Royaume-Uni. Nos banques préférées seraient les géants mondiaux à faible bastille HSBC (HSBC) et Santander (SAN) auxquels il pense que le marché incorpore un rabais trop important pour toute crise éventuellement occasionnée par le Brexit, compte tenu de leur participation relativement faible à l’économie britannique. La banque à faible bastille Lloyds (LLDTF) serait notre titre bancaire britannique pur préféré, car nous pensons que sa franchise phare de comptes courants lui procure une base de financement stable et peu onéreuse qui bénéficiera d’une hausse des taux d’intérêt.

La société dans laquelle nous croyons le moins est Barclays (BCLYF), car sa participation relativement plus importante à des placements volatils et avides de capitaux demeure problématique. Nous croyons que la propriété d’État de la Banque Royale d’Écosse et son histoire mouvementée ont conduit à certaines décisions qui favorisent l’opinion publique aux dépens de la rentabilité et de l’intérêt des actionnaires.

La vulnérabilité de l’aérospatiale

Parmi les sociétés de l’aérospatiale que nous couvrons, nous pensons qu’Airbus (EADSF), Rolls-Royce (RYCEF), Safran (SAFRF), Leonardo (FINMF), et Meggitt (MEGGF) demeurent les plus exposées au risque associé au Brexit. L’impact du Brexit se fait déjà sentir au sein de beaucoup de ces sociétés, avec des équipes de gestion qui prennent des dispositions pour augmenter les stocks par crainte de retards aux frontières avec l’UE. Cela affectera les flux de trésorerie mais pas nécessairement les revenus, car selon nous ces stocks de sécurité devraient permettre aux produits de continuer à être livrés à un rythme soutenu.

Les sociétés de consommation les mieux positionnées

Au cas où ce risque de choc économique et de stagflation se concrétiserait, il y a deux raisons pour lesquelles les fabricants de produits de consommation à grande capitalisation ont toutes les chances d’être des placements plus défensifs que les détaillants. D’abord, de nombreux fabricants disposent d’une forte bastille économique. Dans la plupart des cas, les sources de cette bastille économique résident dans les avantages concurrentiels de la chaîne d’approvisionnement, mais certains fabricants ont toujours le pouvoir de fixer les prix.

La deuxième raison pour laquelle nous nous attendons à ce que les fabricants multinationaux soient relativement défensifs dans ce secteur est qu’ils sont beaucoup plus diversifés géographiquement. Pour des acteurs mondiaux comme Unilever (UN), Nestlé (NSRGY), et Danone (GPDNF), le Royaume-Uni représente 5 % ou moins de leur revenu total, et l’impact sur l’évaluation d’une stagflation du Royaume-Uni n’est pas important. Peut-être que la plus grande exception à cette règle est Reckitt Benckiser (RBGPF), car le Royaume-Uni représente près de 15 % de ses recettes. /p>

Mais les supermarchés vont avoir du mal

Dans l’ensemble, nous pensons que les épiciers de notre liste auront du mal à répercuter sur le consommateur l’accroissement du coût de leurs produits alimentaires alors que l’heure sera aux économies et que les sociétés offrant des rabais radicaux occuperont le haut du pavé, à la fois sur le marché de l’alimentation et sur les autres.

Plus précisément, nous pensons qu’Associated British Foods (ASBFF) est bien positionnée parce que Primark est le détaillant de produits d’habillement le moins onéreux au Royaume-Uni, alors que les trois autres épiciers de notre liste : Morrison (MRWSF), Sainsbury (JSNSF) et Tesco (TSCDF), seront confrontés à des difficultés, notamment l’inflation des coûts alimentaires provoquée par les droits de douane et les effets de devises, ainsi que la concurrence acharnée des sociétés à gros rabais, au bénéfice des magasins « sans chichi ».

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