Investir dans les actions

Quand les actions subissent des liquidations drastiques, comment se comportent-elles par la suite? Des pertes soudaines sont-elles habituellement le signe de problèmes futurs?
par John Rekenthaler | 08-01-19

Décembre a donné le jour à une émotion inhabituelle : l’effarement. Pour la première fois depuis longtemps, les problèmes du marché boursier ont fait la une des journaux. Peu d’adultes aux États-Unis ont entamé la nouvelle année sans réaliser que les actions étaient en train de plonger. La position de la plupart d’entre eux, toutefois, était la même que la mienne : je savais que les actions étaient en baisse, mais pas de combien, ni à quelle place ce mois-là se classait dans l’historique boursier.

A propos de l'auteur
John Rekenthaler est vice-président de la recherche auprès de Morningstar. Il s'est joint à Morningstar en 1988 et a occupé plusieurs fonctions, notamment la supervision des méthodes de recherche de Morningstar, des initiatives de leadership intellectuel telles que le rapport Global Fund Investor Experience qui évalue les expériences des investisseurs en fonds mutuels à travers le monde, et il a été impliqué dans le développement de diverses initiatives. Il détient un MBA avec distinction de la Booth School of Business de l'Université de Chicago.

Il s’avère que le rendement total du S&P 500 a été de -9.03% en décembre 2018, en dollars américains. Cela met ce mois à la onzième plus mauvaise place en un demi-siècle, de 1969 à la fin de 2018, mais les choses ne sont pas aussi mauvaises qu’elles en ont l’air.

Bien que seuls 11 mois aient connu des pertes mensuelles d’au moins 9 %, sept autres se sont situés entre 8 % et 9 %.

Les pires mois calendaires

Au cours de cette période de 50 ans, il n’y a que trois mois calendaires au cours desquels le S&P 500 a perdu plus de 12 % : octobre 1987, août 1998, et octobre 2008. Le premier et le troisième de ces mois sont entrés dans les livres d’histoire, l’un étant celui du « Lundi Noir », et l’autre ayant été au centre de la crise financière. En revanche, l’effondrement d’août 1998 a moins marqué les esprits.

En apparence, l’explication est claire. La Russie a dévalué sa devise et le fonds spéculatif géant Long-Term Capital Management a mordu la poussière. Ce qui est moins évident, c’est pourquoi ces événements ont fait autant de mal aux actions américaines. L’économie de la Russie était isolée, et Long-Term Capital Management n’est qu’un seul fonds de placement. C’étaient deux domaines d’activité fébrile, mais qui représentaient peu dans le paysage mondial.

Par conséquent, les actions américaines ont immédiatement repris du poil de la bête, et plus encore. Le S&P 500 a gagné 6 % en septembre 1998, 8 % en octobre, 6% en novembre, et un autre 6 % en décembre. Ce qui ennuyait profondément les investisseurs en août ne les ennuyait plus du tout immédiatement après. Il est difficile de ne pas en arriver à la conclusion que la liquidation d’août représentait une belle occasion d’achat. Les actionnaires de la Bourse ont eu le mors aux dents.

Quelle est la prochaine étape?

Quand les actions subissent des liquidations drastiques, comment se comportent-elles par la suite? Des pertes soudaines sont-elles habituellement le signe de problèmes futurs, comme pour octobre 2008, qui a été suivi par quatre mois de souffrances supplémentaires? Ou, comme pour le Lundi Noir et l’été de 1998, les actions ont-elles tendance à vite rebondir?

Mis à part décembre 2018, dont bien sûr nous ne connaissons pas encore l’issue, le S&P 500 a chuté d’au moins 8 % à 17 occasions. Six fois, les actions se sont immédiatement ressaisies. Cinq autres fois, le redressement final ne s’est manifesté qu’un ou deux mois plus tard , mais les pertes incrémentielles ont été modestes (5 % à 10 %). Rester investi aurait été la bonne décision.

Les enseignements de l’histoire

Les six cas restants sont toutefois source d’inquiétude.

1) Novembre 1973 : Les actions, en dégringolade toute l’année, chutèrent d’un autre 11 % en novembre. Rien à voir avec une occasion d’achat. Ceux qui avaient cru flairer la bonne affaire et investi leur argent à la fin du mois durent attendre presque une année pour que les actions commencent à rectifier le tir, et bien plus longtemps pour rentrer dans leurs frais. L’inflation grimpait, ce qui dégradait les rendements réels et faisait encore empirer les choses.

2) Février 2001 : Cet effondrement dura une année entière. On fut tenté de considérer les 9 % de pertes en février comme les dernières soldes d’un marché baissier. Il n’en fut rien. Février ne fut qu’un mauvais mois parmi tant d’autres. Avant que les choses ne se tassent, un portefeuille du S&P 500 avait perdu un autre 33 % de sa valeur, et le redressement ne se profilerait qu’à la fin de 2002. Aïe aïe aïe!

3) Septembre 2001 : Une autre fausse alarme. Le marché ne toucherait le fond que 12 mois plus tard.

4) Juin 2008 : À l’été 2008, le marché de l’habitation était déjà perturbé depuis quelque temps par les défauts de paiement résultant des prêts immobiliers à haut risque. Cela avait causé des problèmes occasionnels pour les actions, mais les dégâts n’avaient pas été énormes parce qu’on pensait que ces déboires étaient pour la plupart isolés. Cette perception commença à changer en juin, et à juste titre, s’avéra-t-il. Les pertes du marché boursier étaient aux antipodes d’un signal d’achat – elles furent un présage.

5) Septembre 2008 : Même scénario : le marché de l’habitation continua à s’effilocher. La débandade de ce mois ne fut que le présage d’autres malheurs.

6) Octobre 2008: Après octobre, on pourrait avancer que les pertes enregistrées par les actions avaient créé une véritable occasion. Les actions allaient avoir du mal pendant encore quatre mois et perdre un autre 23 % avant de rectifier le tir, mais si l’on met les choses en perspective, ces chiffres allaient être éclipsés par les gains énormes enregistrés par les actions entre le printemps 2009 et l’automne 2018. Mais qui peut avoir une perspective aussi historique? Peu de gens auraient été comblés pendant les longs mois d’hiver 2008.

En résumé, il n’y a eu que trois périodes baissières prolongées au cours du demi-siècle passé : 1) 1973-74, 2) 2000-02 et 3) 2008. À chaque fois, les actions ont affiché au moins un mois de pertes sévères au début de la période. Par conséquent, pour répondre au deuxième ensemble de questions soulevées dans cet article, bien qu’il se soit avéré en majeure partie profitable d’acheter des actions après leur mois de pertes les plus sévères, cette tactique n’a pas été infaillible. Le tiers du temps environ, elle aurait occasionné de vifs regrets, du moins sur le court terme.

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