Investir dans les actions

Mark Preskett de Morningstar Gestion de placements dit que les investisseurs qui vendent des actifs de croissance en passant outre les craintes de récession peuvent être trop hâtifs.
par Mark Preskett | 06-02-19

Un des discours issus du dernier ralentissement boursiers était le risque croissant d’une récession mondiale. À la suite d’une dizaine d’années d’expansion économique, les États-Unis ont vu à la fin 2018 la confiance du consommateur s’effriter, les actions s’éroder et les profits des entreprises décevoir les investisseurs.

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La Chine, quant à elle, a fait les manchettes des journaux avec la croissance économique la plus lente depuis 1990, même à un taux apparemment tonique de 6,6 %, et de nombreux directeurs généraux qui exprimaient de concert leurs préoccupations économiques. Et en Europe, bien sûr, Le Brexit et d’autres sources d’incertitude géopolitique mettent le continent dans tous ses états.

La plupart des questions exprimées à ce jour sont les suivantes : 1) qu’est-ce qui ferait ralentir considérablement l’économie mondiale, voire même la faire entrer en récession? 2) Quelle pourrait être la sévérité d’un ralentissement? Pour les investisseurs qui posent ces questions, la logique est sans doute que si la croissance économique est en péril, la perspective de vendre des actifs de croissance est à envisager. Toutefois, pour les investisseurs qui ont des objectifs à long terme, nous pensons que cette approche pourrait témoigner d’un manque de vision.

On pourrait être tenté de prédire où se dirige l’économie ou le cycle des bénéfices, c’est-à-dire qu’en théorie, on pourrait identifier quand et où le marché va s’affaiblir et chercher à s’abriter jusqu’à ce qu’il atteigne un creux cyclique. La difficulté, bien sûr, est que cette approche est notoirement malaisée parce qu’il faut prédire l’avenir deux fois : la première pour se débarrasser de ses actifs risqués au bon moment, et la deuxième pour les racheter au creux du cycle.

Même le marché a des difficultés à intégrer ces signaux dans ses cotations. Par exemple, au milieu de 2018, les marchés obligataires mondiaux ont commencé à intégrer une économie en train de se détériorer alors que les marchés boursiers mondiaux intégraient une relance de l’expansion. Puis, à la fin de 2018, le processus s’est soudain inversé, alors que les marchés boursiers intégraient une perte et que les marchés obligataires faisaient le contraire.

Alors, qu’est-ce que cela veut dire dans le cadre d’un portefeuille à actifs multiples? Pour nous, ça signifie pas mal de choses. D’abord, pour gérer les craintes de récession, la clé est de faire la distinction entre le risque véritable (un coup porté aux données fondamentales des entreprises) et le sentiment négatif (des investisseurs qui quantifient de nouveau leurs attentes).

On peut survivre à la plupart des récessions

Nous pensons que les investisseurs peuvent profiter d’une adhésion au sentiment négatif, surtout s’ils sont disposés à penser à long terme. Le côté naturel du long terme ne devrait pas être sous-estimé puisque la plupart des récessions économiques s’avèrent provisoires et que la situation peut s’améliorer au cours du temps dont dispose l’investisseur.

En abordant le problème de cette manière, on peut être anti-cyclique, ou « anticonformiste » quand d’autres ne le sont pas. De plus, endurer une récession sera probablement plus facile si le mobile est d’avoir peur quand d’autres sont cupides et d'être cupide quand d’autres ont peur, pour paraphraser Warren Buffett. Ce que nous cherchons, ce n’est pas seulement d’endurer les ralentissements économiques, mais de permettre à nos investisseurs d’en profiter, ce qui est dans le domaine du possible parce que le sentiment négatif est souvent exacerbé dans une crise. Par exemple, nous montrons la différence entre les changements de sentiment et de données fondamentales au cours de la grande crise financière de 2007-2009.

La deuxième considération dans un contexte d’actifs multiples est de diversifier nos facteurs de risque. Cela dépasse le cadre de questions comme : les sociétés américaines peuvent-elles avoir de tels profits de façon soutenue, ou l’inflation va-t-elle augmenter? Il se peut que nous cherchions à comprendre les réponses à ces questions dans le contexte des évaluations, mais aussi en reconnaissant le rôle de l’incertitude.

La diversification est un outil important pour gérer l’incertitude, mais nous pensons qu’il faut aller plus loin que simplement « mettre ses œufs dans plusieurs paniers ». Pour nous, il s’agit de comprendre les risques sous-jacents aux actifs, que ce soient des facteurs de risque économiques ou boursiers, et pas se limiter aux corrélations ou à la volatilité.

Par exemple, les obligations de sociétés et les marchés boursiers peuvent se comporter très différemment, et pourtant les deux sont vulnérables à un choc économique : si les bénéfices des entreprises sont compromis, la valeur des actions peut chuter et les écarts obligataires se creuser. À toutes choses égales, cela offre une diversification moins importante que si l’on détient des actions avec un actif qui n’a rien à voir, comme des obligations indexées à l’inflation ou des obligations gouvernementales nominales. Le message est d’assurer une diversification contre les risques fondamentaux si l’on veut réduire l’impact d’une récession économique.

Tout bien considéré, nous n’adhérons pas nécessairement à la rhétorique selon laquelle on devrait vendre si l’on a peur d’une récession économique. Naturellement, nous voulons une diversification pour réduire l’impact d’une baisse quelle qu’elle soit, mais en adoptant une vision à long terme, nous ne devrions vraiment nous préoccuper que d’un préjudice permanent aux bénéfices. De plus, si le cycle économique réduit les profits à court terme, nous pouvons avoir l’occasion d’adhérer au sentiment négatif et de nous en accommoder jusqu’à ce que le cycle s’inverse. C’est un des nombreux domaines où nous pouvons ajouter de la valeur, en conservant une vision à long terme lorsque d’autres ne le font pas.

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