Rencontre

Les actions aurifères mènent la reprise.
par Sonita Horvitch | 09-05-16

Note de la rédaction : Après des années passées à la traîne du marché boursier canadien dans son ensemble, les actions à petite capitalisation ont enfin repris du poil de la bête. Comme le font remarquer les panélistes de la table ronde de Morningstar, c'est en grande partie grâce à une renaissance du secteur des ressources naturelles, avec à leur tête les compagnies minières aurifères.

A propos de l'auteur
Sonita Horvitch est une journaliste chevronnée du domaine de la finance, dont la spécialité consiste à tracer le portrait des gestionnaires de fonds et de leurs stratégies. Avant de se joindre à Morningstar, elle a travaillé pour le National Post et son prédécesseur, le Financial Post, où elle était connue pour sa populaire chronique Buy & Sell, dont elle a eu la responsabilité de sa création en 1994 jusqu'en décembre 2008. Elle détient une maîtrise en économie des affaires de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg, Afrique du Sud.

Nos panélistes :

Scott Carscallen, vice-président et gestionnaire de portefeuille, Placements Mackenzie. Gestionnaire axé sur la valeur, il est notamment en charge du Fonds de valeur petites capitalisations canadiennes Mackenzie et de la Catégorie Mackenzie Valeur petites capitalisations canadiennes.

Stephen Arpin, vice-président et gestionnaire de portefeuille, Beutel, Goodman & Co. Lui aussi gestionnaire axé sur la valeur, il s'occupe notamment du Fonds à petite capitalisation Beutel.

Michael Chan, vice-président et gestionnaire de portefeuille principal, Fiera Capital. Gestionnaire axé sur la croissance, il a entre autres la responsabilité du Fonds d'actions de croissance Fiera Capital.

Notre couverture de cette table ronde, qui a été convoquée et présidée par la chroniqueuse de Morningstar Sonia Horvitch, continuera mercredi et se terminera vendredi.

 


 

Question : Après une longue période de vaches maigres dans l'univers des petites capitalisations, il y a des signes d'une reprise des actions des ressources naturelles, qui représentent une pondération importante dans l'Indice des titres à petite capitalisation S&P/TSX.

Scott Carscallen
Scott Carscallen

Scott Carscallen : Au premier trimestre de 2016 et pour les 12 mois qui se sont terminés à la fin mars 2016, l'Indice des titres à petite capitalisation S&P/TSX a surclassé l'Indice composé S&P/TSX, pour la première fois depuis de nombreuses années. Quand on se plonge dans les secteurs pour voir d'où vient le plus clair des rendements, une grosse partie est générée par le secteur des matériaux, notamment l'or. Le secteur des matériaux représente la plus grosse pondération sectorielle dans cet indice d'actions à petite capitalisation. Dans le passé, les pires endroits dans lesquels investir auraient été les matériaux et l'or. Il y a des signes d'une reprise des actions aurifères.

Il en va de même pour l'énergie. L'énergie représente la deuxième plus grosse pondération sectorielle dans l'indice des petites capitalisations. Il n'a pas connu rebond aussi marqué que celui des métaux. Pourtant, le secteur énergétique ne cesse de grimper, et il peut encore continuer. Si on passe en revue les secteurs, tous ceux qui marchaient bien l'année dernière ne marchent pas pour l'instant cette année, et tous ceux qui étaient au bord du gouffre l'année dernière traversent une période formidable, notamment les actions aurifères.

Stephen Arpin : Pour la décennie qui s'est terminée à la fin du mois de mars, l'Indice des titres à petite capitalisation S&P/TSX a eu un rendement total annualisé de 0 %, et pour les cinq années passées, un rendement total annualisé de -5 %.

Q : Les fonds à gestion active ont-ils surclassé l'indice à petite capitalisation au premier trimestre de 2016?

SC : Le rendement total de l'Indice des titres à petite capitalisation S&P/TSX pour le premier trimestre de 2016 a été de 8,5 % alors que le gestionnaire moyen de cet espace des PME a produit un rendement total de 1,6 %. En 2015, le gestionnaire moyen a surclassé haut la main l'indice des titres à petite capitalisation. Ce fut également le cas au moins pour les cinq dernières années.

SA : On a constaté la disparition de beaucoup de gestionnaires de portefeuilles dans l'espace des petites capitalisations. De nombreux gestionnaires dont les portefeuilles étaient lourdement pondérés d'actions de ressources naturelles, qui tiraient bien leur épingle du jeu aussi longtemps qu'ils étaient tributaires de l'essor de la Chine, ont depuis lors fermé boutique. Les survivants se sont concentrés sur les entreprises durables. À la fin mars, les matériaux représentaient 31,9 % de l'Indice des titres à petite capitalisation S&P/TSX et l'énergie 15,0 %, soit un total de 47,8 %. L'or et l'argent représentent 24,5 % de l'indice, l'or 17,9 %.

Q : Peut-on parler des actions aurifères à petite capitalisation? Scott, vous n'en possédez pas, n'est-ce pas?

SC : Je considère que le secteur minier exige beaucoup de capitaux et qu'il est soumis à un processus extrêmement lent qui fournit un rendement du capital à peine correct et ajoute de la volatilité au portefeuille. Dans l'espace des petites capitalisations, un nombre important de jeunes pousses du secteur des métaux et des mines n'arrivent pas à s'autofinancer. Cela veut dire qu'elles ne peuvent pas générer à l'interne des flux de trésorerie suffisamment importants pour leur permettre de durer longtemps. Elles ont trop souvent besoin d'accéder aux marchés des capitaux. De plus, les données fondamentales qui conditionnent le prix de l'or peuvent être assez difficiles à évaluer.

Q : Michael, vous avez B2Gold Corp. (BTO) parmi les 10 avoirs principaux du Fonds d'actions de croissance Fiera Capital?

Michael Chan
Michael Chan

Michael Chan : Nous appliquons les mêmes critères pour évaluer une société aurifère que pour évaluer une compagnie de tout autre secteur. Nous cherchons les meilleures sociétés de leur type et des équipes de gestion d'entreprise qui ont une participation importante au capital de la société. Dans le secteur aurifère, nous trouvons environ six occasions attrayantes. Ces sociétés ont des coûts faibles au comptant et une excellente croissance volumétrique, à laquelle nous attachons du prix. L'industrie est en train de changer. Elle met de plus en plus l'accent sur le rendement des investissements. Dans la même liste d'occasions il y a quatre ans, il aurait été difficile de trouver une seule occasion aurifère attrayante dans une perspective ascendante. Les actions aurifères viennent de traverser un cycle baissier de quatre ans. On peut raisonnablement penser que nous assistons au début d'un cycle haussier. Ce n'est pas une mise sur le prix de l'or. B2Gold est une société de croissance à faible coût. Elle produit 500 000 onces par an, qui pourront atteindre 800 000 d'ici 2018.

SA : Je possède un avoir important dans Alamos Gold Inc. (AGI). C'est un producteur à faible coût qui a un bon bilan et des implantations au Mexique et en Ontario. Nous cherchons des sociétés qui ont des actifs productifs dans des juridictions stables. Nous mettons généralement l'accent sur les producteurs à faible coût. Les sociétés doivent avoir des bilans corrects. Le plus grand problème avec les actions aurifères, pour nous autres gestionnaires axés sur la valeur, c'est que les compagnies aurifères n'ont pas tendance à se négocier au rabais par rapport à leur valeur d'actif net.

MC : On pourrait penser que c'est un des meilleurs moments pour acheter une mine d'or. Les meilleures équipes d'ingénieurs sont disponibles. Les fournisseurs d'équipements sont impatients d'en découdre, les géologues aussi. Cela accroît la probabilité d'une exploitation réussie.

SA : Prenons l'exemple de Asanko Gold Inc. (AKG), qui est une société que nous possédons. Elle a ouvert une mine avec succès.

MC : Je possède cette action.

Alamos Gold Inc.Asanko Gold Inc.B2Gold Corp.
Clôture du 5 mai8,47 $4,07 $2,54 $
Haut/bas 52 sem9,24 $-3,26 $4,37 $-1,76 $2,88 $-0,86 $
Cap boursière2,2 milliards $ 801,1 millions $2,4 milliards $
Rend total 1 an (%)*1,5123,632,3
Rend total 3 ans (%)*-15,216,31,77
Rend total 5 ans (%)*-9,1-11,6-2,1
*Au 5 mai 2016
Source : Morningstar

SA : Asanko est une société qui a su amener un gisement à l'étape de la production, et le faire dans les délais et sans surcoût. Elle a une équipe de gestion de qualité avec une participation importante au capital.

Q : Qu'en est-il des sociétés énergétiques à petite capitalisation? Pourquoi pensez-vous qu'elles sont sur la voie d'une reprise?

MC : Nous sommes très enthousiastes sur les occasions qui se présentent parmi les sociétés de haute qualité productrices de pétrole. L'industrie est en mauvais état depuis que le prix du pétrole est passé de 100 à 26 $US le baril. L'industrie est en rétraction. Il y a des faillites, et les marges bénéficiaires sont au plus bas. Voilà pourquoi à long terme, ce secteur est attrayant. Compte tenu du prix du pétrole très faible, l'offre diminue aux États-Unis, au Canada et en Amérique du Sud. Il y a une réaction de l'offre, et la demande est encore robuste. Nous pensons que le marché pétrolier va se rééquilibrer dans le temps et que le prix du pétrole à long terme devrait se stabiliser entre 60 et 75 $US le baril. Pendant les 33 années qui viennent de s'écouler, le prix du pétrole n'a chuté que deux fois pendant deux années consécutives. La première fois a été en 1997-1998 au cours de la crise financière asiatique, la deuxième en 2014-2015. Nous ne croyons pas que cette chute va se poursuivre pendant une troisième année, à cause de la réaction de l'offre.

SC : C'est aussi mon avis. Le prix du pétrole a connu une reprise importante depuis février pour en arriver à 44 ou 45 $US le baril. De plus, les jeunes pousses du secteur énergétique sont devenues plus efficientes. Elles ont retiré pas mal de coûts de l'équation, notamment pour les services pétroliers. Ces sociétés productrices de pétrole peuvent mieux s'autofinancer dans une conjoncture où le prix du pétrole est faible. Ces sociétés n'ont pas besoin d'un pétrole à 100 $US le baril pour prospérer. Les sociétés de services énergétiques sont actuellement sous pression. Les producteurs de pétrole continuent de les pousser à casser leurs prix. À ce stade du cycle énergétique, je me concentre sur les producteurs et je suis sous-pondéré dans les sociétés de services. Si vous voulez trouver la valeur la plus stricte dans le secteur énergétique, vous la trouverez chez les adeptes du forage et du fractionnement hydraulique. Certaines de ces sociétés se négocient à la moitié de leur valeur comptable.

Q : Nous avons parlé du pétrole. Et le gaz naturel?

Stephen Arpin
Stephen Arpin

SA : La majorité des forages dans l'Ouest canadien sont pour le gaz naturel. Les activités énergétiques qui n'ont pas trait aux sables bitumineux sont dans le gaz naturel. Le prix de cette matière première est trop faible pour encourager les producteurs de gaz naturel à investir. La situation du gaz naturel est encore plus difficile que celle du pétrole.

MC : Cette situation est disputée. Le niveau des inventaires est élevé, au Canada comme aux États-Unis. À moyen terme, ça a l'air intéressant. L'offre est encore élevée. Le prix actuel du gaz naturel peut être comparable à la situation d'un baril de pétrole à 26 $US. Le prix du gaz naturel, à ce niveau-là, ne peut pas durer. Ce que l'on voit, ce sont des sociétés de gaz naturel au prix attrayants avec des produits liquides.

SC : Le court terme n'est pas facile pour le gaz naturel; 2017 pourrait être une bien meilleure année pour cette matière première.

Q : Alors, peut-on résumer cette discussion sur l'énergie?

MC : Nous avons étoffé nos avoirs énergétiques dans notre portefeuille ces six derniers mois. Parmi les différents secteurs de l'univers des petites capitalisations canadiennes, celui-ci présente les occasions les plus attrayantes. Je verrais bien ce secteur grandir jusqu'à représenter la plus grosse pondération dans notre portefeuille.

SC : Nous avons continuellement augmenté nos pondérations énergétiques cette année. Nous avions une politique d'achats plus dynamique en février et en mars. Elle penche davantage vers les producteurs et connaît une sous-pondération dans les sociétés de services.

Photos : Paul Lawrence Photography

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