Rencontre

« On n'a pas vu pareil potentiel à la hausse depuis longtemps », dit un gestionnaire.
par Sonita Horvitch | 11-05-16

Note de la rédaction : Aujourd'hui, dans la deuxième partie de notre table ronde sur les actions canadiennes à petite capitalisation, les gestionnaires portent leur attention sur l'amélioration des évaluations, les offres publiques d'achat et leurs avoir en dehors du secteur des ressources naturelles.

A propos de l'auteur
Sonita Horvitch est une journaliste chevronnée du domaine de la finance, dont la spécialité consiste à tracer le portrait des gestionnaires de fonds et de leurs stratégies. Avant de se joindre à Morningstar, elle a travaillé pour le National Post et son prédécesseur, le Financial Post, où elle était connue pour sa populaire chronique Buy & Sell, dont elle a eu la responsabilité de sa création en 1994 jusqu'en décembre 2008. Elle détient une maîtrise en économie des affaires de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg, Afrique du Sud.

Nos panélistes :

Michael Chan, vice-président et gestionnaire de portefeuille principal à Fiera Capital. Gestionnaire axé sur la croissance, il a entre autres la responsabilité du Fonds d'actions de croissance Fiera Capital.

Scott Carscallen, vice-président et gestionnaire de portefeuille, Placements Mackenzie. Gestionnaire axé sur la valeur, il est notamment en charge du Fonds de valeur petites capitalisations canadiennes Mackenzie et de la Catégorie Mackenzie Valeur petites capitalisations canadiennes.

Stephen Arpin, vice-président et gestionnaire de portefeuille à Beutel, Goodman & Co. Lui aussi gestionnaire axé sur la valeur, il s'occupe notamment du Fonds à petite capitalisation Beutel Goodman.

Notre couverture de cette table ronde, qui a été convoquée et présidée par la chroniqueuse de Morningstar Sonita Horvitch, a débuté lundi et se terminera vendredi.


Question : On dirait bien que toutes les conditions sont réunies pour une excellente performance des petites capitalisations canadiennes en 2016.

Scott Carscallen : Les actions des sociétés exposées à l'Ouest canadien dans des secteurs comme les services financiers, l'immobilier et les valeurs industrielles, qui ont été fortement poussées à la vente à cause de leur participation au domaine énergétique, sont en train de se redresser. Une amélioration continue du prix du pétrole et des métaux serait de bon augure pour les sociétés à petite capitalisation canadiennes.

Michael Chan
Michael Chan

Michael Chan : On n'a pas vu pareil potentiel à la hausse depuis longtemps pour notre portefeuille. La raison pour laquelle l'univers des sociétés à petite capitalisation sera intéressant dans les années qui s'annoncent est l'évaluation. Selon un texte publié par Scotia Capital, au début de 2016, la moitié environ des actions de l'Indice des titres à petite capitalisation S&P/TSX se négociaient au-dessous de leur valeur comptable. Les deux tiers d'entre elles étaient des actions de ressources naturelles. L'indice dans son ensemble se négociait à 0,91 fois sa valeur comptable, donc au-dessous de cette dernière. La dernière fois que ces actions étaient si bon marché fut pendant la crise financière mondiale en 2008-2009. Les évaluations dans l'espace des petites capitalisations canadiennes sont donc attrayantes.

De plus, l'indice Russell 2000 chez nos voisins du sud a surclassé notre indice des titres à petite capitalisation ces cinq dernières années. C'est la première fois en cinq ans que ce phénomène s'inverse : un bon indicateur principal des perspectives du marché des petites capitalisations canadiennes. Enfin, une prise de confiance dans la relance du secteur pétrolier encouragera les investisseurs à se concentrer sur le marché canadien des actions et sur les petites capitalisations canadiennes.

SC : Ces dernières années, avec la montée de l'aversion au risque, les plus grosses sociétés à petite capitalisation ont eu de meilleurs résultats que les plus petites. Bon nombre de sociétés à micro-capitalisation se trouvent dans l'espace des ressources naturelles. Dorénavant, avec la reprise de l'énergie et d'autres ressources, on va probablement avoir une situation où les plus petites sociétés à petite capitalisation vont surclasser les plus grosses.

Q : Peut-on aborder brièvement la question des premiers appels publics à l'épargne (PAPE) dans l'univers des petites capitalisations canadiennes?

MC : Nous aimons bien les PAPE, mais nous sommes très difficiles. Pendant l'année 2015, nous avons bien joué un rôle dans plusieurs d'entre eux, un des plus importants étant celui de Spin Master (TOY), un acteur principal de l'industrie des jouets dans le monde entier. Il y a eu aussi des PAPE cette année, mais nous n'avons participé à aucun d'entre eux.

SC : Nous n'avons pas coutume d'y participer. L'année dernière, les gens étaient avides de PAPE de sociétés liées à la consommation et extérieures aux ressources naturelles.

Stephen Arpin : Ces sociétés ont suscité un enthousiasme considérable. Elles ont eu des évaluations élevées dès qu'elles sont entrées à la bourse. Comme nous l'avons évoqué, l'Indice des titres à petite capitalisation S&P/TSX est extrêmement lié aux ressources naturelles. Les investisseurs cherchaient à placer leur argent dans des actions à petite capitalisation d'autres secteurs. À Beutel Goodman, nous participons rarement à des PAPE. Statistiquement, les PAPE sont une façon difficile de gagner de l'argent. Un grand pourcentage de PAPE canadiens finissent par se négocier au-dessous de leur prix d'émission.

MC : Il y a eu des PAPE fantastiques dans le passé, par exemple Dollarama (DOL).

SA : C'est exact.

Q: Et les fusions et acquisitions?

SA : C'est toujours un thème important dans l'espace à petite capitalisation.

Scott Carscallen
Scott Carscallen

SC : On s'attend à beaucoup de fusions et acquisitions dans le secteur pétrolier. Les banques resserrent leur étau sur certaines des sociétés en difficulté, qui peuvent être forcées à se mettre en vente. Un problème est que les sociétés acquéreuses tendent à vouloir acheter des sociétés à un seul actif. Il se peut que les compagnies aux actifs multiples cotées en bourse ne les attirent pas tellement.

SA : Il y a eu très peu d'activité de fusions et d'acquisitions dans le domaine du pétrole et du gaz naturel nord-américain. Le problème qui se présente pour les sociétés acquéreuses dans le secteur énergétique est que le prix des actions est bien supérieur au prix des marchandises.

MC : Je pense que la probabilité d'une activité de fusions et acquisitions dans le domaine énergétique est devenue plus importante. Ces 12 derniers mois, il a été difficile pour acheteur et vendeur de s'entendre sur l'évolution possible du prix des matières premières. Récemment, le prix actuel du pétrole s'est beaucoup rapproché du prix du pétrole auquel on s'attend dans l'avenir, soit 45 $ US le baril. Il y a donc beaucoup plus de chances que les acheteurs et les vendeurs s'entendent sur des transactions.

Q : En quelques mots, quelles sont vos définitions des sociétés à petite capitalisation et combien avez-vous de noms dans votre portefeuille?

SA : Beutel Goodman suit les consignes de MSCI et investit dans les titres qui sont classés dans les derniers 15 % de la capitalisation boursière cumulative ajustée selon le flottant de toutes les actions cotées sur le TSX au moment de l'achat. Actuellement, ce serait un flottant de 190 millions $ à 2,5 milliards $. Nous avons 41 noms dans le Fonds à petite capitalisation Beutel Goodman.

SC : Nous avons tendance à acheter des actions dont la capitalisation boursière est inférieure à celle du seuil des petites capitalisations établi par BMO, qui est actuellement de 1,9 milliard $, et nous pouvons les conserver jusqu'à ce qu'ils atteignent 7,5 milliards $. Nous leur laissons la bride sur le cou. Nous pouvons descendre jusqu'à 50 millions $. Nous avons 50 noms dans le Fonds de valeur petites capitalisations canadiennes Mackenzie.

MC : Pour de nouveaux investissements, notre définition est entre 150 millions $ et 750 millions $. Nous pouvons continuer à détenir une action qui monte, aussi longtemps qu'elle nous plaît, jusqu'à ce qu'elle atteigne une capitalisation boursière de 3 milliards $. Nous avons 60 sociétés dans le Fonds d'actions de croissance Fiera Capital. Quarante d'entre elles sont des positions de base, 10 autres sont en train de se construire lentement, et nous cristallisons lentement nos gains dans les 10 dernières.

Q : C'est le moment de parler de vos avoirs extérieurs aux ressources naturelles.

SC : Winpak (WPK) et CCL Industries (CCL.B) sont parmi les 10 avoirs principaux du Fonds valeur petites capitalisations canadiennes Mackenzie.

Stephen Arpin
Stephen Arpin

SA : Moi aussi je détiens Winpak. C'est une société d'emballage alimentaire de qualité supérieure qui prend des parts de marché à la concurrence. La société génère un rendement du capital investi exceptionnel. J'ai également CCL. C'est un grand fournisseur mondial d'étiquettes pression. Ses rendements et ses caractéristiques de flux de trésorerie disponibles se sont améliorés avec le temps. Nous possédons CCL et Winpak depuis au moins 10 ans.

Q : Steve, ces deux actions faisaient partie de vos 10 avoirs principaux à la fin mars.

MC : Winpak est une société novatrice à la pointe de son industrie. Je la possède aussi.

SC : Winpak fait partie de notre portefeuille depuis de nombreuses années. C'est une société en croissance constante qui a une équipe de direction solide. Elle s'embarque actuellement dans certains programmes de dépenses en capital qui devraient continuer à stimuler la croissance de la société.

MC : Nous avons CCL. C'est une action que nous avons achetée en tant que petite capitalisation, il y a probablement sept ans. La direction a fait du très bon travail. Lorsqu'une société passe au statut de grande capitalisation, nous réinvestissons les fonds dans la génération suivante de sociétés de qualité supérieure.

SC : CCL a un excellent palmarès de bonnes acquisitions et de création de synergies considérables à partir des cibles qu'elle se fixe. Une autre société d'emballages spécialisés dans le portefeuille est Intertape Polymer Group (ITP).

SA : Nous la détenons également.

MC : Nous avons investi dans Intertape il y a pas mal d'années et vendu notre position il y a environ un an, quand elle a atteint notre estimation de juste valeur.

Q : Michael, y-a-t-il un autre nom que vous souhaiteriez mentionner?

MC : Stella-Jones (SJ) est un avoir de longue date dans ce portefeuille. C'est un chef de file des entreprises de créneaux comme les traverses de chemin de fer et les poteaux électriques. La société génère de bons flux de trésorerie disponibles et des rendements sur le capital investi élevés. La direction s'est montrée excellente dans les acquisitions et dans l'intégration.

SC : Moi aussi j'ai Stella-Jones.

SA : Une action que je voudrais mentionner est Major Drilling Group International Inc. (MDI). Nous l'avons achetée l'an dernier, alors que tout le monde la vendait.

MC : C'était le moment de l'acheter.

SA : Au moment où nous l'avons achetée, la société se négociait à des évaluations historiquement faibles. Major Drilling est dominante dans l'espace des forages miniers. Elle a un bilan comptable solide. Environ 50 % de ses activités sont consacrées aux forages aurifères. Cette activité devrait voir de meilleurs jours.

Photos : Paul Lawrence Photography

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