Investir dans les FNB

Le placement dans les FNB de marchandises est devenu très populaire ces dernières années, mais ce n'est pas pour tout le monde.
par Andrew Hepburn | 13-10-16

À la suite de l'effondrement des marchandises de la fin de 2014 au début 2016, les investisseurs ne se sont pas rués vers les portes de sortie, mais au contraire sont revenus en force acheter. Selon BlackRock, les produits négociés en bourse axés sur les marchandises ont vu des afflux nets de capitaux de l'ordre de 33,6 milliards $ US depuis le début de l'année. Des recherches effectuées par Barclays, publiées au début du mois d'août, montrent qu'en 2016, ce secteur a recueilli le plus d'intérêt depuis 2009. Cette année-là avait marqué le début d'une hausse des cours des ressources naturelles qui a duré jusqu'en 2011.

A propos de l'auteur
Andrew Hepburn est un journaliste pigiste établi à Toronto. Ses articles portent sur les placements, les tendances du marché et les finances personnelles. Il a écrit pour Maclean's, le Globe and Mail, RateHub.ca et Canadian MoneySaver.

Mais cela veut-il dire que l'investisseur moyen devrait entrer dans le feu de l'action?

Une explication sur les FNB de marchandises

Avant la création des FNB de marchandises, le public n'avait aucun moyen pratique d'accéder à des marchés aussi divers que les céréales et l'énergie.

En général, il y a deux types de FNB de marchandises. Le premier détient et entrepose une marchandise physique. Ces FNB, qui sont dominés par les métaux précieux, pistent assez étroitement le cours de la marchandise sous-jacente, comme par exemple dans le cas du FNB iShares Gold Trust (IAU). La deuxième variété possède des contrats à terme sur marchandises. Un contrat à terme donne au détenteur le droit de prendre livraison d'une marchandise, mais en pratique les FNB de marchandises basés sur les contrats à terme ne le font jamais.

À mesure que le paysage des FNB de marchandises a évolué au fil des années, les choix offerts aux investisseurs ont considérablement augmenté. Les investisseurs peuvent acheter des FNB liés à de nombreuses marchandises énergétiques, agricoles et métallurgiques. Certains FNB sont liés à une seule marchandise, comme le pétrole. D'autres comprennent de multiples marchandises dans un seul secteur : les métaux de base, par exemple. Avec l'approche par paniers, un FNB aura une pondération différente pour chaque marchandise qu'il cherchera à pister. Sous leur forme la plus générale, il existe des FNB de marchandises qui s'efforcent de pister un gros panier diversifié de prix de ressources. Un FNB de ce type, le FNB iShares S&P GSCIU Indexed Trust (GSG), est lié à 24 contrats à terme sur marchandises.

Les investisseurs canadiens peuvent acheter des FNB de marchandises à la Bourse de Toronto, avec des sociétés de FNB comme Horizons, Purpose, iShares et Auspice Capital qui offrent des produits liés au pétrole brut, au gaz naturel et aux métaux précieux :

  • Silver Bullion Trust (SBT)
  • Horizons NYMEX Gaz naturel (HUN)
  • iShares Gold Bullion (CAD-Hedged) (CGL)
  • Indice du pétrole brut canadien (CCX)

Pour ceux qui cherchent à profiter de la chute du cours des marchandises, Horizons offre aussi des FNB de marchandises à rendements inverses, et, pour les investisseurs les plus dynamiques, des FNB de marchandises à effet de levier (haussier et baissier).

Pas pour ceux qui ont le cœur fragile

Les prix des marchandises tendent à être très volatils : une incursion bien calculée peut être extrêmement payante, et très vite. Toutefois, les risques en sont proportionnellement élevés. Prenons par exemple le fonds Tucreum Wheat (WEAT), un FNB négocié aux États-Unis dont le cours à la fermeture le 8 juin était de 9,59 $US par action. Mais à la fin du mois d'août, à la suite d'une chute brutale du prix du blé, ce FNB était tombé de 26,5 % pour atteindre 7,05 $US.

Les rendements des marchandises sont loin d'avoir été glorieux

Malgré la popularité des FNB de marchandises, les rendements qu'ils ont offert à la plupart des investisseurs ont été déplorables. L'effondrement récent des prix des marchandises a contribué à cette déception. Mais l'histoire ne s'arrête pas là, si l'on examine la manière dont fonctionnent les FNB basés sur les contrats à terme.

Comme l'explique le directeur de la recherche de Morningstar, Paul Kaplan, dans cette vidéo, les FNB qui détiennent des contrats à terme sur marchandises doivent régulièrement reconduire ces contrats. Ils en vendent un qui est sur le point d'expirer pour en acheter un autre qui arrivera à échéance à une date ultérieure. Lorsque le contrat vendu a une valeur inférieure à celui qui est acheté pour le remplacer, un FNB de contrats à terme subit une perte. Avec le temps, ces pertes peuvent s'accumuler et éclipser toutes les augmentations du prix des marchandises.

Cela semble être un détail, mais M. Kaplan rappelle aux investisseurs que tout repose sur les détails dans ces FNB de marchandises. « Quand on se lance dans un de ces produits par le truchement d'un FNB, il faut vraiment comprendre ces subtilités, parce que les rendements que fournit ce FNB peuvent être assez différents que ce à quoi l'on s'attend », dit-il.

C'est exactement ce qui s'est passé entre 2004 et 2015, selon les recherches effectuées par le professeur de l'Université Duke Campbell Harvey et l'ex-gestionnaire de portefeuille de marchandises Claude Erb. Le prix de l'indice des marchandises S&P GSCI a augmenté en moyenne de 3,39 % par an, mais il a perdu en moyenne 7,9 % à cause de l'effet de la reconduction des contrats à terme. Sa perte nette a donc été de 4,58 % par an. Les chercheurs suggèrent de comparer cela avec une action hypothétique dont le cours augmenterait de plus de 3 % par an, mais qui comporterait un rendement en dividendes (théorique) négatif de près de 8 %. Chaque année, on accumulerait le retard.

Certains avancent que les investisseurs devraient acheter des marchandises dans des buts de diversification. Toutefois, les recherches publiées en 2013 par la Banque des établissements internationaux (la soi-disant banque centrale de toutes les banques centrales) contredisent ces hypothèses communément acceptées. Dans leur rapport, les auteurs montrent que depuis septembre 2008, le prix des marchandises et celui des actions sont devenus plus corrélés. Ils prédisent aussi qu'ajouter des marchandises va probablement rendre un portefeuille plus volatil.

Qui devrait acheter des FNB de marchandises?

Avant d'acheter un FNB de marchandises (du type haussier), les investisseurs canadiens ne devraient pas oublier que les actions de l'énergie et des matériaux représentent déjà un peu plus de 30 % de l'Indice composé S&P/TSX, ce qui veut dire qu'ils ont probablement déjà une participation assez importante aux prix des ressources naturelles par le truchement des fonds mutuels et des fonds indiciels. En ajouter encore ne serais sans doute pas une manœuvre prudente pour de nombreux investisseurs.

Pour les investisseurs qui ont une tolérance au risque élevée et une forte compréhension des marchés des marchandises, ces FNB pourraient convenir. Toutefois, les FNB de marchandises ne devraient pas être abordés comme des avoirs à ultra-long terme : à un moment ou à un autre, il faudra vendre. Demandez donc l'avis de ceux qui n'ont pas vendu leur FNB pétrolier lorsque le prix du pétrole brut a plongé de 100 $US le baril à moins de 30 $US.

La directrice des finances personnelles à Morningstar Christine Benz dit qu'elle ne considère pas les marchandises comme des investissements à posséder à tout prix. En raison du risque qu'elles représentent et du rendement négatif de la reconduction des FNB de contrats à terme, Mme Benz croit qu'elles devraient constituer au mieux une « petite portion d'un portefeuille ». Et il est vrai que pour beaucoup d'investisseurs, il serait préférable de passer complètement à côté.

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