Rencontre

Il sera difficile d'égaler les rendements de l'année dernière, disent les gestionnaires.
par Sonita Horvitch | 27-01-17

Note de la rédaction : notre table ronde en trois parties sur les actions à revenu s'achève aujourd'hui. Nos gestionnaires vont nous parler de leurs avoirs dans les secteurs riches en dividendes des services financiers, de l'immobilier, des services publics et des télécommunications, et de leurs attentes générales pour 2017.

A propos de l'auteur
Sonita Horvitch est une journaliste chevronnée du domaine de la finance, dont la spécialité consiste à tracer le portrait des gestionnaires de fonds et de leurs stratégies. Avant de se joindre à Morningstar, elle a travaillé pour le National Post et son prédécesseur, le Financial Post, où elle était connue pour sa populaire chronique Buy & Sell, dont elle a eu la responsabilité de sa création en 1994 jusqu'en décembre 2008. Elle détient une maîtrise en économie des affaires de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg, Afrique du Sud.

Les panélistes :

Jason Gibbs, vice-président et gestionnaire de portefeuille, Gestion d'actifs 1832. M. Gibbs est membre principal de l'équipe des actions de revenu de la firme, qui comprend un large éventail de mandats, notamment le Fonds Scotia de dividendes canadiens.

Peter Frost, vice-président principal et gestionnaire de portefeuille, Placements AGF Inc. Ses responsabilités comprennent la gestion de deux fonds équilibrés axés sur le revenu : le Fonds de revenu mensuel élevé AGF et le Fonds de revenu traditionnel AGF.

Michèle Robitaille, directrice générale et spécialiste des actions de revenu à Guardian Capital L.P., société sous-conseillère de la famille de fonds BMO. Les mandats de l'équipe des actions Guardian comprennent le Fonds BMO de revenu mensuel élevé II.

La table ronde des gestionnaires, qui a débuté lundi et s'est poursuivie mercredi, a été organisée et animée par la chroniqueuse de Morningstar Sonita Horvitch.


Question : Parlons donc des avoirs du secteur canadien des services financiers.

Jason Gibbs : Les actions bancaires dans les dix principaux avoirs du Fonds Scotia de dividendes canadiens sont Banque Scotia (BNS), Banque Toronto-Dominion (TD), Banque Royale du Canada (RY) et Banque Canadienne Impériale de Commerce (CM). Ces avoirs constituent environ 16 % du fonds. Chacune de ces banques est unique et a sa propre originalité. La Banque Scotia est plus internationale et sa division de services bancaires canadienne est très performante. La TD est implantée davantage aux États-Unis, où il fait bon investir en ce moment. La Banque Royale est une compagnie canadienne classique, dominante dans son secteur d'activités. Pour ce qui est de la Banque de Commerce, c'est sa direction que nous aimons beaucoup. Parmi les compagnies d'assurance, j'investis dans la Financière Manuvie (MFC) et la Financière Sun Life (SLF). Elles possèdent de bonnes sections de gestion du patrimoine.

Michèle Robitaille : La pondération bancaire dans le Fonds BMO de revenu mensuel élevé II est aussi autour de 15 ou 16 %. Nous détenons également des actions de la TD, la Banque Royale, la Banque Scotia et la CIBC. Nous aimons les trois premières en raison de leur implantation en dehors du Canada. La CIBC se négocie à un important rabais par rapport aux autres, malgré le fait que la banque ait affiché des bénéfices conformes, voire supérieurs aux attentes du marché pendant plusieurs trimestres de suite. Le profil de risque de la CIBC est en baisse et cela se reflètera dans ses multiples d'évaluations à long terme.

Peter Frost : Je suis assez sous-pondéré dans les banques. Elles vont se heurter à une baisse de la croissance à long terme avec le ralentissement de l'expansion du crédit. J'investis davantage dans les gestionnaires d'actifs car j'apprécie les perspectives à long terme de ce secteur. L'un de mes avoirs est Gluskin Sheff + Associates (GS). J'y investis dans mes deux fonds. Ses activités se situent surtout au niveau de la clientèle privée plutôt qu'institutionnelle. Elle possède 8 milliards $ d'actifs sous gestion Tous ses mandats exigent des primes de rendement. Ma plus grosse pondération bancaire se situe dans la Banque Scotia, car j'aime l'accent qu'elle met sur sa présence internationale.

Q : Parlons maintenant des fiducies de placement immobilier. Michèle, vous investissez environ 15 % du Fonds BMO de revenu mensuel élevé II dans ce secteur.

MR : Nous sommes sous-pondérés dans les FPI comparativement à l'indice du fonds depuis deux ans. Dernièrement, nous avons cherché des occasions dans ce secteur. Une FPI que nous avons ajoutée au portefeuille à la fin de 2015 et au début de 2016 est Allied Properties REIT (AP.UN). C'est une FPI investie dans les espaces de bureaux, mais il ne s'agit pas de bureaux commerciaux traditionnels que l'on trouve au centre-ville. Ses propriétés se trouvent à la périphérie et offrent des espaces de bureaux spécialisés dans des architectures de briques et de poutres qui attirent les compagnies de technologie et des médias. Les locataires d'Allied semblent être plus fidèles que ceux des espaces de bureaux traditionnels. Le portefeuille contient d'autres FPI comme Canadian Real Estate Investment Trust (REF.UN), H&R REIT (HR.UN) et RioCan REIT (REI.UN).

JG : Nous avons ajouté à nos FPI au cours des deux derniers mois, lorsque les actions sensibles aux taux d'intérêt se sont repliées. Les avoirs du fonds dans l'immobilier canadien sont RioCan et First Capital Realty (FCR).

Peter Frost
Peter Frost

PF : Comme nous en avons parlé plus tôt, nous sommes en train d'explorer activement les occasions dans le secteur de l'immobilier.

Q : Et vos avoirs dans le secteur des services publics?

JG : Je continue d'investir dans Fortis (FTS), Hydro One (H) et Brookfield Infrastructure Partners (BIP.UN). Fortis possède une bonne équipe de gestion. Elle a effectué plusieurs acquisitions aux États-Unis, donc une plus grande part de ses activités est désormais concentrée dans ce pays. Elle a acheté l'une des principales entreprises d'infrastructure de transmission l'année dernière, ITC Holdings. Fortis est l'exemple classique d'une entreprise réglementée en pleine croissance.

MR : Nous investissons dans Northland Power (NPI) et Brookfield Renewable Partners (BEP.UN). Nous avons ajouté Algonquin Power & Utilities (AQN) que nous aimons en raison de ses tarifs réglementés. Elle a également effectué une importante acquisition aux États-Unis et entend accroître ses bénéfices à une cadence élevée, ce qui fera plus que contrebalancer cette sensibilité aux taux d'intérêt.

PF : J'investis dans Brookfield Infrastructure Partners, c'est un titre que je possède depuis des années. Elle possède des actifs à croissance élevée. C'est un gestionnaire d'actifs axé sur la valeur, qui acquiert des actifs dont d'autres essaient de se débarrasser. J'investis aussi dans Capital Power (CPX), qui est établie dans l'Ouest canadien. J'ai acheté ce titre pendant l'automne dernier. La compagnie a fait de grands pas pour investir dans des actifs renouvelables, principalement les éoliennes.

JG : Nous aussi, nous investissons dans Brookfield Infrastructure Partners depuis longtemps. Elle possède une excellente équipe de direction, qui est parvenue à acheter des actifs d'infrastructure au bon moment. Son portefeuille diversifié d'actifs de qualité supérieure est mondial. L'action se négocie sur le marché public au rabais par rapport à ce que le marché privé serait enclin à payer pour ces actifs d'infrastructure.

Q : Qu'en est-il des télécommunications?

JG : Le Fonds Scotia de dividendes canadiens investit dans les trois principales actions de télécommunications canadiennes, à savoir Telus (T), BCE Inc. (BCE) et Rogers Communications Inc. (RCI.B). Ces compagnies ont un pouvoir d'établissement des prix et leurs actions offrent un rendement en dividendes supérieur à la moyenne. Mais cela est contrecarré par le fait mentionné plus tôt que leurs évaluations soient plutôt élevées. BCE et Telus affichent une croissance des dividendes, mais pas Rogers, qui a une nouvelle direction.

Michele Robitaille
Michele Robitaille

MR : Nous investissons dans Telus et avons ajouté Rogers au début de 2016 pour remplacer Manitoba Telecom Services (MBT), que nous avions vendue car selon nous elle était chère par rapport à ses données fondamentales. (Manitoba Tel est à la veille d'une acquisition par BCE). Nous investissons aussi dans Shaw Communications (SJR.B). Nous pensons que sa trajectoire est supérieure à celle des autres compagnies de télécommunications canadiennes. Son acquisition de WIND Mobile a été un plus. Elle possède aussi un bon service de consolidation des produits. Son lancement de la nouvelle génération de services de TV reposant sur la plateforme X1 de Comcast est positif. Enfin, la vente par Shaw de ses actifs médiatiques, Shaw Media, à Corus Entertainment (CJR.B), réalisée en avril dernier, s'est avérée être une bonne décision. La compagnie se consacre désormais à ses activités de base.

PF : C'est exactement pour ça que j'investis dans cette action. C'est la compagnie qui affichera la plus forte croissance dans ce secteur au cours des prochaines années. La nouvelle plateforme X1 va aider Shaw avec ses pertes d'abonnés au câble. L'action a un bon rendement en dividendes.

Brookfield
Infrastructure
Partners L.P.
RioCan Real Estate
Investment Trust
Shaw
Communications Inc.
Clôture au 25 janvier46,81 $26,11 $27,99 $
Haut/Bas 52 sem47,69 $-31,13 $30,35 $-23,98 $28,24 $-22,55 $
Cap boursière12,1 milliards $8,5 milliards $13,7 milliards $
Rend total 1 an (%)*56,414,023,7
Rend total 3 ans (%)*24,07,48,2
Rend total 5 ans (%)*23,04,910,9
*Au 25 janvier 2017
Source : Morningstar

Q: Maintenant qu'on a parlé des secteurs clés des actions canadiennes de dividendes et de vos avoirs, résumons vos perspectives pour 2017, compte tenu du changement de conjoncture attendu pour les taux d'intérêt.

PF : L'année 2016 a été une bonne année pour le marché boursier canadien. Il est peu probable que nous retrouvions le même niveau de performance cette année. La reprise de l'économie canadienne devrait donner un nouvel élan à de nombreuses compagnies canadiennes. Les évaluations des actions sont raisonnables. Il y aura de bonnes occasions dans certains secteurs sensibles aux taux d'intérêt.

MR : Il est possible qu'on assiste à une forte volatilité dans le marché boursier canadien en 2017. Il existe plusieurs risques macroéconomiques. Il y a des incertitudes au sujet du gouvernement de M. Trump. Il y a un risque de protectionnisme commercial avec ce nouveau régime. De plus, la croissance économique de la Chine continue de ralentir. Puis, il y a le Brexit et enfin l'instabilité géopolitique. Parallèlement, il y a eu une forte reprise du marché boursier, notamment au cours des derniers mois. En général, nous pensons à un rendement d'environ 4 à 6 % pour le marché boursier canadien en 2017.

JG : Les perspectives à long terme pour les actions à dividendes demeurent favorables. Le rendement en dividendes est en moyenne de 3 %. C'est presque le double du taux sans risque. Il y aura une croissance des dividendes. Il faut que les investisseurs réduisent leurs attentes en matière de rendement. Un rendement d'environ 4 à 6 % parait logique pour le marché boursier canadien. Ce que je crains, c'est que les investisseurs se mettent de plus en plus à adopter une approche à court terme avec les marchés boursiers. La période moyenne de détention des actions a fortement diminué. Les investisseurs, qui sont devenus trop négatifs en janvier et février 2016 et liquidé leurs avoirs dans bien des cas, ont manqué une reprise exceptionnelle en 2016.

Photos : Paul Lawrence Photography

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