Rencontre

Les actions financières et énergétiques sont parmi les mises cycliques de Signature, dit Eric Bushell, directeur des placements.
par Sonita Horvitch | 22-02-17

Eric Bushell, directeur des placements auprès de la société torontoise Signature Gestion mondiale d'actifs, dit que les investisseurs devraient être moins défensifs dans leur répartition d'actifs et accroître leur participation aux actions.

A propos de l'auteur
Sonita Horvitch est une journaliste chevronnée du domaine de la finance, dont la spécialité consiste à tracer le portrait des gestionnaires de fonds et de leurs stratégies. Avant de se joindre à Morningstar, elle a travaillé pour le National Post et son prédécesseur, le Financial Post, où elle était connue pour sa populaire chronique Buy & Sell, dont elle a eu la responsabilité de sa création en 1994 jusqu'en décembre 2008. Elle détient une maîtrise en économie des affaires de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg, Afrique du Sud.

L'économie mondiale est en bien meilleur état qu'elle ne l'a été depuis le début de la crise financière mondiale, dit M. Bushell. « Les perspectives de croissance économique au niveau mondial sont prometteuses à la fois pour les pays développés et pour le monde en développement. » D'accord, dit-il, le marché boursier a intégré pas mal de bonnes nouvelles à ses cours, « mais nous prévoyons une poussée de croissance des bénéfices ». De plus, note-t-il, « les investisseurs demeurent sceptiques sur les actions, ce qui est une bonne chose. »

M. Bushell et son équipe sont responsables de la gestion de quelque 53 milliards $ à Signature, groupe séparé de gestion de portefeuille sous la houlette de Placements CI qui compte parmi ses actifs à la fois des actions et des placements à revenu fixe.

« Depuis l'été 2016, nous avons positionné nos portefeuilles dans l'attente d'un rebond de l'inflation et des bénéfices des sociétés, et d'une faiblesse du marché obligataire. » Le phénomène de hausse des obligations, qui dure depuis 35 ans, touche à sa fin, dit M. Bushell. Dans les fonds équilibrés, M. Bushell et son équipe ont augmenté la part d'actions. La composante obligataire des fonds équilibrés et les portefeuilles composés exclusivement d'obligations demeurent sous-pondérés en obligations gouvernementales, dit-il, « et mettent l'accent sur les obligations des sociétés, les obligations à rendement élevé et sur celles des marchés émergents ».

Dans les portefeuilles d'actions, l'équipe de Signature a augmenté ses pondérations dans certains secteurs économiquement sensibles. « Les actions industrielles ont affiché une série de rendements exceptionnels et sont devenues trop chères, donc nous les avons vendues », a dit M. Bushell.

Tout en privilégiant la croissance dans les portefeuilles d'actions de Signature, l'équipe a continué à conserver « une pondération solide de plusieurs secteurs défensifs dont l'évaluation est attrayante, comme les soins de la santé, dit M. Bushell. Nous recommandons une approche équilibrée entre les actions de croissance et les actions défensives. »

Retraçant les hauts et les bas de l'économie mondiale, M. Bushell dit que le vote du Brexit au Royaume-Uni le 23 juin « a créé les prémisses d'une croissance économique mondiale plus robuste ». Après le Brexit, la Première-Ministre britannique Theresa May a dévoilé sa stratégie consistant à mettre davantage l'accent sur la politique fiscale et sur les investissements d'infrastructure plutôt que sur la politique monétaire, dit M. Bushell. « Son objectif est de créer davantage d'emplois comme suite à ce coup de semonce politique subi par le Royaume-Uni. »

Le vote du Brexit a aussi changé les attitudes dans l'Union européenne, dit M. Bushell. « La perspective de voir le Royaume-Uni quitter l'Union, à laquelle s'ajoute plusieurs élections en 2017 dans certains de ses pays clés, ont poussé les Européens « à abandonner la modération budgétaire et à recommander également l'augmentation des dépenses dans ce domaine ».

En juillet dernier, les candidats à la présidence des États-Unis Hillary Clinton et Donald Trump ont donné davantage de poids à cette nouvelle priorité dans la mesure où ils ont tous deux identifié l'importance des dépenses de l'État au cours de leur campagne, dit M. Bushell. « Ce fut un point tournant, les États-Unis ayant précédemment établi l'importance capitale de la politique monétaire pour stimuler l'économie. »

Le résultat, dit M. Bushell, est que les attentes d'inflation ont atteint leur creux pendant l'été 2016 et ont commencé à augmenter en prévision d'une croissance économique plus élevée. « L'élection de M. Trump à la Maison-Blanche le 8 novembre dernier a renforcé cette tendance optimiste. » L'engagement pris par M. Trump à l'égard des dépenses d'infrastructure, de la diminution des taux d'imposition et de la déréglementation « est considéré comme un coup de fouet supplémentaire donné à la possibilité d'une synchronisation mondiale des profits et le la croissance économique ».

L'objectif de M. Trump consistant à libérer l'économie de certains des règlements les plus astreignants introduits par son prédécesseur Barack Obama bénéficiera à certains secteurs clés comme les services financiers et l'énergie, dit M. Bushell. « Nous utilisons les services financiers comme une de nos mises cycliques, dit-il. Ces sociétés bénéficient d'une conjoncture propice à l'augmentation des taux d'intérêt. »

De plus, selon M. Bushell, le processus de recapitalisation du système bancaire mondial en cours depuis plusieurs décennies tire à sa fin. Cela va retirer certaines limites imposées à la création de crédit bancaire, ce qui est bon à la fois pour les profits des banques et pour l'économie, dit-il. « Des exigences moins strictes en matière de capitaux vont également permettre aux banques de restituer plus d'argent aux actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d'actions. »

Eric Bushell
Eric Bushell

En plus de son rôle de détermination de la stratégie globale de Signature, M. Bushell est également gestionnaire principal du Fonds canadien sélect Signature CI (2,5 milliards $ d'actifs sous gestion) et de la Catégorie de société canadienne sélect Signature CI (1,1 milliard $), qui est le même mandat.

Le Fonds Signature, avec une centaine d'avoirs, détenait quelque 52 % de sociétés canadiennes à la fin de janvier. « Nous trouvons difficile d'identifier de nouvelles idées sur le marché boursier canadien, dont le rendement a été si robuste l'année dernière », dit M. Bushell.

Depuis maintenant quelque temps, le secteur des services financiers représente la plus grosse pondération sectorielle dans ce portefeuille. La  Banque de Nouvelle-Écosse (BNS) est à la fois le titre des services financiers le plus volumineux et le plus gros avoir dans ce fonds. « Pour ce qui est des banques canadiennes, dit M. Bushell, celle qui suscite en nous la plus forte conviction est la Banque Scotia, compte tenu de son engagement en faveur de la gestion des coûts et des services bancaires numériques. » C'est aussi la banque qui a la plus grosse capitalisation parmi ses pairs et la plus internationale, ajoute-t-il.

La Banque Scotia a un long historique d'activité dans les économies émergentes, dit M. Bushell. Dernièrement, ses franchises au Pérou sont en train de prendre un ascendant. « L'Amérique latine devrait bénéficier de la stabilisation du prix des marchandises. » Les implantations de la Banque Scotia au Mexique ont suscité quelques inquiétudes, « mais c'est là que l'occasion se présente. »

Chez nos voisins du Sud, deux actions bancaires que souligne M. Bushell dans le portefeuille sont  Citigroup Inc. (C) et  Wells Fargo & Co. (WFC). Citigroup a maintenu sa présence dans les marchés émergents alors que d'autres banques, et notamment les banques européennes, ont battu en retraite, dit M. Bushell, « ce qui a fait augmenter sa part de marché et son pouvoir de tarification ». Au Canada, Citigroup a une grosse opération de cartes de crédit. « Le consommateur américain est revigoré par la solidité du marché de l'emploi et la croissance des salaires, alors que le consommateur canadien arrive à saturation. »

Quant à Wells Fargo, M. Bushell note que le scandale passé des faux relevés de compte a été reconnu et résolu, et il est « peu vraisemblable que la solide franchise canadienne de la banque en pâtisse à long terme ».

Se tournant vers l'énergie, M. Bushell dit que le soutien du secteur énergétique américain « entre en plein dans le programme économique de M. Trump ». M. Bushell craint toutefois que la renaissance de l'activité énergétique aux États-Unis n'affecte négativement les producteurs canadiens de gaz naturel, dont les coûts sont plus élevés. « Le gaz naturel américain pourrait remplacer les importations canadiennes en direction des États-Unis. »

M. Bushell est plus optimiste sur certains producteurs de pétrole canadiens somme  Canadian Natural Resources Ltd. (CNQ), gros producteur de pétrole lourd. « Son projet de sables bitumineux Horizons est à très longue échéance. » Il aime aussi  Encana Corp. (ECA). « La société est en train de se transformer en organisation plus américaine. » En même temps, Encana est en train de faire passer sa base d'actifs du gaz naturel à une proportion plus élevée de pétrole dans sa combinaison de produits. L'investissement de la société dans le bassin du Permian dans l'Ouest du Texas est vraiment un atout, dit M. Bushell. « Le Permian est la région productrice de pétrole et de gaz naturel la plus prolifique aux États-Unis. »

Se tournant vers les sociétés d'infrastructure énergétique canadiennes, M. Bushell approuve sans réserve la décision prise par  Enbridge (ENB) de faire l'acquisition de la société américaine Spectra Energy, qui a « un système de gazoducs extensif aux États-Unis ». Annoncée en septembre dernier, cette acquisition « sera extrêmement bénéfique » à Enbridge, et les plans d'exportation énergétique de M. Trump la rendent encore plus convaincante.

Selon M. Bushell, l'équipe de Signature a vendu l'avoir qu'elle possédait dans  TransCanada Corp. (TRP). « Ses perspectives sont étroitement liées à la compétitivité relative des producteurs de gaz naturel canadiens par rapport aux Américains. »

Enfin, dans le secteur énergétique, M. Bushell signale que l'équipe a affecté de l'argent aux sociétés de services énergétiques. « Les actions ont eu une bonne série de performances, mais nous les conservons. » Il s'agit en particulier de  Halliburton  HAL), de  Nabors Industries (NBR) et de  Patterson-UTI Energy (PTEN). « Cette relance du secteur des services énergétiques est en partie alimentée par la demande extensive émanant des producteurs de pétrole schisteux américain et de la technologie associée à leurs opérations. »

Banque de
Nouvelle-Écosse
Enbridge Inc.Encana Corp.
Clôture 20 février81,82 $54,97 $16,20 $
Haut/Bas 52 sem82,17 $-51,91 $59,19 $-41,01 $18,13 $-4,14 $
Cap boursière98,8 milliards $51,6 milliards $15,8 milliards $
Rend total 1 an (%)*50,725,6205,41
Rend total 3 ans (%)*12,58,2-5,9
Rend total 5 ans (%)*12,110,9-1,6
*Au 20 février 2017
Source : Morningstar

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