Rencontre

Michael O'Brien étoffe ses avoirs dans les chemins de fer et l'énergie.
par Sonita Horvitch | 15-03-17

Michael O'Brien, directeur général et chef de l'équipe des actions canadiennes de base à Gestion de placements TD, fait pencher son portefeuille d'actions canadiennes à grande capitalisation vers les secteurs et les sociétés qui tendent à mieux se comporter dans un environnement économique mondial plus solide.

A propos de l'auteur
Sonita Horvitch est une journaliste chevronnée du domaine de la finance, dont la spécialité consiste à tracer le portrait des gestionnaires de fonds et de leurs stratégies. Avant de se joindre à Morningstar, elle a travaillé pour le National Post et son prédécesseur, le Financial Post, où elle était connue pour sa populaire chronique Buy & Sell, dont elle a eu la responsabilité de sa création en 1994 jusqu'en décembre 2008. Elle détient une maîtrise en économie des affaires de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg, Afrique du Sud.

« Les valeurs industrielles, notamment les sociétés ferroviaires, et aussi celles de l'énergie devraient bénéficier du climat de relance actuel », dit-il. Ensuite, le secteur des services financiers, les banques et les compagnies d'assurance se comportent bien quand les taux d'intérêt touchent le fond, puis commencent à augmenter graduellement. « Après plusieurs faux départs, je pense qu'on en est enfin arrivé à ce point d'inflexion des taux d'intérêt. »

M. O'Brien signale qu'il s'est employé à étoffer ses pondérations dans les chemins de fer, l'énergie et les compagnies d'assurance. « Nous avons également conservé notre position surpondérée dans les banques canadiennes, dit-il. Elles représentaient une valeur importante au début de 2016, mais c'est moins le cas actuellement. »

Il est sous-pondéré dans les secteurs défensifs, « mais il y a suffisamment d'inquiétude pour inciter à la prudence, et je vais continuer à y maintenir une position ». Il a changé la composition de ses avoirs défensifs. « Je m'éloigne des sociétés plus mûres aux dividendes élevés, comme celles des services de télécommunication, secteur qui pourrait connaître des difficultés quand les taux d'intérêt augmenteront. »

Il cible plutôt les sociétés dont les affaires sont stables, les bénéfices raisonnables et les dividendes en croissance, « même si la croissance de ces dividendes part d'un niveau faible ». C'est là qu'il « trouve des candidats dans le secteur des produits de consommation de base, par exemple parmi les épiceries ». Les actions des sociétés d'oléoducs, dit-il, s'inscrivent elles aussi dans le cadre de ses mises défensives. « Ces sociétés font augmenter leurs dividendes, et cela devrait contribuer à contrebalancer l'impact d'une hausse des taux d'intérêt. »

Du point de vue macroéconomique, M. O'Brien note que les données économiques suggèrent un renversement majeur de l'économie mondiale, « plus vaste qu'une simple démonstration de force des États-Unis ». Un signe majeur, d'après lui, est la solidité de l'indice des prix des marchandises de base, a atteint le fond en mai 2016, « après quoi il est sorti du territoire baissier ».

Un des éléments sous-jacents de cet indice des marchandises, le pétrole, a atteint son minimum en février 2016, note-t-il, et le cuivre à la fin de l'été ou au début de l'automne l'année dernière. En général, dit-il, les données économiques positives étaient manifestes même avant l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis le 8 novembre. « Le nouveau gouvernement américain a voué de stimuler l'économie américaine par une série de mesures, certaines meilleures que d'autres, mais qui sont toutes de nature à favoriser la relance. »

Michael O'Brien
Michael O'Brien

À Gestion de placements TD, M. O'Brien a la responsabilité de quelque 7,6 milliards $ d'actifs. C'est le gestionnaire principal du Fonds d'actions canadiennes TD, son produit phare, dont les actifs sont de 5,1 milliards $. Avec pour point de repère l'Indice composé S&P/TSX, le fonds est autorisé à avoir un contenu étranger allant jusqu'à 20 %. Il est actuellement de 11 %.

Conformément à l'accent plus important qu'il met sur les sociétés qui bénéficieront de l'amélioration des perspectives économiques des États-Unis et du monde, M. O'Brien s'est employé à augmenter sa participation aux chemins de fer. Au dernier trimestre de 2016, il a commencé à développer une participation au Canadien Pacifique (CP). « Compte tenu de l'essor de la demande de marchandises, le CP va profiter de ses grosses capacités de transport de marchandises en vrac. » De plus, note-t-il, le CP est devenu plus efficient en raison de l'intervention de Pershing Square Capital Management, société de fonds spéculatifs de son actionnaire activiste William (Bill) Ackman vers la fin 2011.

Un changement s'est ensuite opéré dans la haute gestion de CP et sa gérance, et l'action s'est envolée, dit M. O'Brien, « au point où son évaluation a laissé peu de place à la déception ». En août dernier, Pershing Square a vendu le reste de ses actions du CP. « Depuis lors, les actions du CP se sont repliées sur des évaluations plus attrayantes. » L'action, dit M. O'Brien, s'est récemment négociée à 17,4 fois ses estimations de bénéfices par action pour 2017, alors que le ratio médian de la catégorie ces dix dernières années a été de 17,1. « Bien que le ratio C/B prévisionnel de la société corresponde à son évaluation historique, c'est une société qui s'est beaucoup améliorée. »

Le fonds TD, dit M. O'Brien, a depuis quelque temps une position importante dans le  Canadien National (CNR), société qui « continue à faire preuve d'exceptionnelles qualités d'exploitation », mais il note que son ratio cours/bénéfices, à 19,5 fois les estimations pour 2017, est supérieur à son ratio C/B médian ces dix dernières années.

« La société, conformément à son style, a publié des estimations prudentes pour ses perspectives de 2017, mais le marché boursier considère que ces estimations peuvent prêter à des hausses.

Canadien National
Railway Co.
Canadien Pacifique
Clôture du 13 mars97,83 $199,37 $
Haut/Bas 52 sem98,23 $-72,78 $209,12 $-156,01 $
Cap boursière74,2 milliards $29,1 milliards $
Rend total 1 an (%)*24,415,2
Rend total 3 ans (%)*17,66,0
Rend total 5 ans (%)*21,621,9
*Au 13 mars 2017
Source : Morningstar

Une action ferroviaire américaine dans le portefeuille est  Union Pacific (UNP). « Cette société est en opération dans l'Ouest américain et sa franchise est de qualité élevée, dit M. O'Brien. Comme le CN et le CP, Union Pacific va profiter de la croissance de l'économie américaine. »

Dans le domaine énergétique, M. O'Brien est optimiste quant aux perspectives de ses données fondamentales et de ses cours. « Mais jusqu'à ce que les stocks, à la fois en Amérique du Nord et dans le monde, diminuent de façon constante, les investisseurs ne croiront pas que l'équation entre l'offre et la demande est équilibrée. »

Une ombre immédiate au tableau pour les producteurs énergétiques canadiens est la possibilité d'une taxe frontalière aux les États-Unis, dit-il. « On s'interroge sur la manière dont cela va affecter les importations d'énergie canadienne aux États-Unis. » Une dissuasion politique possible pour le gouvernement américain, dit M. O'Brien, est que l'imposition de cette taxe pourrait faire augmenter le coût payé par les Américains à la pompe.

Les actions énergétiques canadiennes sont l'un des secteurs les moins performants de l'Indice composé S&P/TSX depuis le début de l'année, note M. O'Brien. « J'ai utilisé ce repli pour étoffer mes avoirs dans les sociétés productrices d'énergie ces derniers mois. » C'est le cas notamment pour les trois principales positions énergétiques du fonds :   Suncor Énergie (SU),  Canadian Natural Resources (CNQ) et  Cenovus Energy (CVE).

Les perspectives positives qu'entretient M. O'Brien pour les producteurs énergétiques canadiens sont renforcées par la décision qu'a prise en novembre dernier le gouvernement libéral fédéral d'approuver deux projets d'oléoducs : le projet d'agrandissement du réseau Trans Mountain de  Kinder Morgan (KMI) et le projet de programme de remplacement de la canalisation 3 d'Enbridge (ENB). On ne sait encore trop, dit-il, à quelles conditions le président Trump va approuver le projet d'oléoduc Keystone XL de  TransCanada Corp. (TRP). « Mais la décision prise par Ottawa de donner le feu vert aux deux projets est une importante étape d'une amélioration substantielle du marché pour les producteurs énergétiques canadiens. »

À la fin de février, Enbridge et TransCanada étaient parmi les 10 principaux avoirs du Fonds d'actions canadiennes TD. « Les deux sociétés d'oléoducs ont procédé à des acquisitions de transformation aux États-Unis et vont fournir une croissance des dividendes robuste pendant le cinq à dix années qui viendront. »

Dans le secteur des services financiers, M. O'Brien signale qu'il a vendu certaines de ses participations aux actions bancaires canadiennes, « mais elles représentent toujours 28 % du portefeuille. » Ces actions se sont bien comportées en 2016 après un début hésitant, dit-il, et « elles se négocient actuellement à des évaluations proches du sommet de leur éventail historique ». Il a déployé le produit de ses ventes dans les compagnies d'assurance dont disposait déjà le fonds, « puisque ces actions s'étaient repliées ». Cela concernait entre autres la  Financière Manuvie (MFC) et la  Financière Power (PWF) société mère de la  Great West Compagnie d'assurance vie (GWO).

Conformément à sa stratégie relative à la portion défensive du Fonds d'actions canadiennes TD, M. O'Brien précise qu'il a élagué sa participation à la société de services de télécommunications  BCE (BCE). « Cela réduit la participation du portefeuille aux noms susceptibles d'être affectés négativement par la hausse des taux d'intérêt. »

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