Rencontre

Les gestionnaires admirent les chefs de file dont les activités dépassent les frontières.
par Sonita Horvitch | 01-05-17

Note de la rédaction : Parmi les petites compagnies canadiennes les plus performantes se trouvent les chefs de file qui voient grand et n'hésitent pas à élargir mondialement leurs activités. C'était le thème commun ressortant de la table ronde des gestionnaires de portefeuilles portant sur les actions canadiennes à petite capitalisation.

A propos de l'auteur
Sonita Horvitch est une journaliste chevronnée du domaine de la finance, dont la spécialité consiste à tracer le portrait des gestionnaires de fonds et de leurs stratégies. Avant de se joindre à Morningstar, elle a travaillé pour le National Post et son prédécesseur, le Financial Post, où elle était connue pour sa populaire chronique Buy & Sell, dont elle a eu la responsabilité de sa création en 1994 jusqu'en décembre 2008. Elle détient une maîtrise en économie des affaires de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg, Afrique du Sud.

Nos panélistes :

Stephen Arpin, vice-président et gestionnaire de portefeuille à Beutel Goodman. Gestionnaire axé sur la valeur, il a entre autres sous sa responsabilité le Fonds à petite capitalisation Beutel Goodman.

Michael Chan, vice-président et gestionnaire de portefeuille principal à Fiera Capital. Gestionnaire axé sur la croissance, il a entre autres sous sa responsabilité le Fonds d'actions de croissance Fiera Capital.

Scott Carscallen, vice-président et gestionnaire de portefeuille chez Placements Mackenzie. Gestionnaire axé sur la valeur, il a entre autres sous sa responsabilité le Fonds de valeur petites capitalisations canadiennes Mackenzie et la Catégorie Mackenzie Valeur petites capitalisations canadiennes.

Cette table ronde a été organisée et animée par la chroniqueuse de Morningstar Sonita Horvitch. La série en trois parties de cette semaine se poursuivra mercredi  et s'achèvera vendredi.

 


 

Q : Les actions canadiennes à petite capitalisation ont largement surclassé l'Indice composé S&P/TSX en 2016 et pour la période de 12 mois qui s'est terminée à la fin de mars 2017. Au cours de cette dernière période, l'indice des petites capitalisations a affiché un rendement total de 29,5 % contre 18,6 % pour l'indice composé. Les actions des ressources naturelles, qui représentaient près de 50 % de l'Indice des titres à petite capitalisation S&P/TSX à la fin du mois de mars, ont été exceptionnellement performantes au cours des 12 mois qui ont expiré en mars. Pourront-elles continuer sur leur lancée?

Stephen Arpin : Oui, cette performance peut durer. Les rendements obligataires continuent d'être très faibles, donc il n'y a pas beaucoup de concurrence de la part des titres à revenu fixe pour les actions en général. En outre, les petites capitalisations ont tendance à bien se comporter quand l'économie est prospère. L'économie américaine, qui contribue à la croissance de l'économie canadienne et de l'économie mondiale, continue de se renforcer. La croissance économique mondiale, notamment celle de la Chine, permet de fixer les principaux cours des marchandises. Ce qui par conséquent influe sur la performance des actions des ressources naturelles, qui représentent une forte pondération dans l'Indice des titres à petite capitalisation S&P/TSX. On doit aussi remarquer qu'en dehors du secteur des ressources, un bon nombre de petites capitalisations canadiennes performantes génèrent un gros chiffre de ventes aux États-Unis et dans certains cas dans le monde. Les sociétés de plus petite capitalisation du secteur de l'emballage et des fabricants de pièces automobiles en sont un bon exemple.

Michael Chan : Si vous examinez une compagnie canadienne à petite capitalisation typique, il est difficile de dire si son action se comportera mieux que l'indice composé cette année. Si vous vous concentrez sur les chefs de file de l'industrie, ces compagnies sont généralement nord-américaines et mondiales. Nos portefeuilles y sont davantage axés. Ces actions peuvent se surclasser.

Mark Thomson
Michael Chan

SA : Il faut rappeler que les États-Unis sont le principal marché d'exportation du Canada.

MC : Nous examinons les compagnies qui peuvent accroître leur chiffre d'affaire et leurs bénéfices à un rythme plus rapide que l'ensemble de l'économie. Nous trouvons d'excellentes occasions dans tous les secteurs.

Scott Carscallen : Il y a pas mal de compagnies dans mon portefeuille qui profiteront des occasions mondiales. Certains avoirs sont légèrement plus importants. Je les appelle des actions de plus grande petite capitalisation. Ce sont par exemple des compagnies d'emballage, d'ingénierie et de courtage immobilier commercial.

MC : D'un point de vue mondial, les marchés émergents ont été plutôt calmes au cours des six dernières années et on observe des signes de croissance économique dans des pays comme le Brésil, la Corée du Sud et la Turquie. Si on assiste à un renversement dans les marchés émergents, c'est de bon augure pour les compagnies de ressources canadiennes.

Q : La performance de l'Indice des titres à petite capitalisation S&P/TSX a été exceptionnelle en 2016, avec un rendement total de 38,5 %. Pour en revenir à la question de départ, est-ce que nous allons de nouveau assister à ce genre de performance en 2017 ?

SA : À vrai dire, peu de gestionnaires actifs ont surclassé cet indice l'année dernière. La plupart des gestionnaires actifs ne sont pas à l'aise avec près de 50 % de leur portefeuille investi dans les matériaux et l'énergie.

MC : L'une des raisons pour lesquelles le rendement total de l'indice à petite capitalisation a été si solide l'année dernière est le rebond des prix des marchandises comme le pétrole, le gaz naturel, le cuivre et l'or. Certains des avoirs les plus performants l'année dernière étaient des compagnies qui avaient des bilans en difficulté. La hausse des cours des marchandises leur a permis de se reprendre. Cela ne se répètera pas cette année.

Daniel Bubis
Stephen Arpin

SC : Pour que les actions canadiennes à petite capitalisation soient performantes en 2017, le secteur de l'énergie doit s'améliorer. C'est le secteur qui a connu la pire performance au premier trimestre de l'année, après ses résultats spectaculaires en 2016. En 2016, le secteur est sorti de sa déprime. À la fin de mars 2017, l'énergie représentait 22,9 % de l'indice de petite capitalisation. Le secteur de l'énergie a ralenti au premier trimestre de 2017 et a causé la baisse de l'indice, qui a produit un rendement total de 1,5 % pendant le trimestre. On s'attend à ce que le prix du pétrole s'améliore. Mais si les données fondamentales de l'énergie ne s'améliorent pas, l'univers des petites capitalisations canadiennes sera mis à l'épreuve.

MC : Les chances que l'énergie s'améliore aux deuxième et troisième trimestres cette année sont assez bonnes. Au cours des quatre à cinq dernières années, la demande de pétrole au cours des trimestres intermédiaires de l'année a été plus importante que celle des premier et dernier trimestres. Le recul du cours du pétrole au premier trimestre n'était pas surprenant, mais la surprise a été le degré de médiocrité de la performance des actions de certaines compagnies à petite et moyenne capitalisations.

SC : D'après ce que j'ai entendu dire, les investisseurs américains, qui détiennent parfois des actions énergétiques canadiennes, se soucient de l'impact du possible ajustement fiscal à la frontière américaine par le gouvernement Trump sur les actions énergétiques canadiennes. Ils s'inquiètent aussi des pressions sur les coûts pour les producteurs énergétiques canadiens.

SA : L'investisseur américain est toujours important en tant qu'acheteur d'actions canadiennes. Le secteur de l'énergie canadien a été, pendant longtemps, attrayant aux yeux de l'investisseur américain. Mais dernièrement, les investisseurs américains se sont tournés vers les États-Unis en raison de l'apparition de l'importance du schiste et du bassin Permien aux États-Unis, qui attirent beaucoup de capitaux. Les compagnies étrangères se dessaisissent en masse d'actifs énergétiques canadiens, notamment dans les sables bitumineux, ce qui affecte le secteur de l'énergie canadien en général.

Le prix du gaz naturel suscite des inquiétudes au Canada, à cause de la connexion par gazoduc du gisement de schiste Marcellus, qui se situe dans le nord-est des États-Unis, jusqu'en Ontario. Marcellus a changé la donne de l'offre en Amérique du Nord.

MC : Marcellus a gagné une part de marché dans le nord-est des États-Unis et s'empare d'une part de marché additionnelle en Ontario. Il finira aussi par en faire de même à Chicago. Ces régions consomment beaucoup de gaz naturel en Amérique du Nord et cela exerce des pressions sur les prix que reçoivent les producteurs canadiens pour leur gaz naturel.

Mark Thomson
Scott Carscallen

SC : Nous commençons à voir de l'activité dans le domaine des fusions et acquisitions et des PAPE dans le secteur énergétique canadien. Un exemple de fusion et acquisition est l'acquisition par Trican Well Service (TCW) de la société rivale de fracturation Canyon Services Group (FRC). On assiste à des premières offres publiques à l'épargne. Une autre compagnie de fracturation, STEP Energy Services, cherche à lancer une première offre publique d'achat et Source Energy Services (SHLE) a récemment été cotée en bourse. Par ailleurs, BOS Solutions Holdings, une autre société de services dans le secteur de l'énergie, a dernièrement annoncé qu'elle cherchait à lancer un premier appel public à l'épargne.

MC : Ce qui alimente les activités de fusions et d'acquisitions dans l'Ouest canadien c'est que les compagnies de services ont construit leur entreprise dans l'attente de niveaux d'activités plus élevés. Cela ne se produit pas forcément et les compagnies sont forcées de se consolider. Si l'on examine le secteur canadien de l'énergie dans son ensemble, on voit qu'il y a de bonnes occasions mais peu de compagnies se démarqueront. Dans le secteur des services énergétiques, nous privilégions les compagnies qui exercent leurs activités en Amérique du Nord ou dans le monde comme Canadian Energy Services & Technology (CEU) et Enerflex (EFX).

SA : J'investis dans Enerflex.

SC : Moi aussi.

MC : J'aime Canadian Energy Services et Enerflex car même si la conjoncture des prix est faible dans les trois ou quatre prochaines années, elles seront en mesure d'accroître leur chiffre d'affaire et leurs bénéfices. Enerflex exerce ses activités aux États-Unis, en Amérique du Sud, au Moyen-Orient et en Asie. Canadian Energy Services exploite deux tiers de ses activités aux États-Unis et ses opérations américaines se situent principalement dans le bassin Permien.

Canadian Energy Services & Technology Corp.Enerflex Ltd.Trican Well Service Ltd.
Clôture 27 avril6,28 $19,43 $3,80 $
Haut-Bas 52 semaines8,65 $-2,96 $20,57 $-8,59 $5,59 $-1,50 $
Cap boursière1,7 milliard $1,7 milliard $735,6 millions $
Rend total % 1 an*66,963,4108,8
Rend total % 3 ans*-13,85,6-35,6
Rend total % 5 ans*13,311,5-19,8
*Au 27 avril
Source : Morningstar

SC : La participation au bassin Permien est un point important pour les compagnies de services. Mes avoirs énergétiques penchent un peu plus vers les compagnies de services.

SA : Pas moi.

MC : Moi non plus. Notre participation aux producteurs penche maintenant davantage vers des avoirs internationaux comme Parex Resources (PXT).

SC : J'investis dans cette action.

MC : C'est une compagnie d'exploration et de production de pétrole axée sur la croissance. Elle est concentrée en Amérique du Sud, et particulièrement en Colombie.

Photos : Paul Lawrence Photography

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