Rencontre

Parmi tous les pays, Andrew Graham accorde sa préférence à l'Inde.
par Sonita Horvitch | 24-05-17

Andrew Graham, responsable de l'équipe asiatique de Martin Currie Investment Management d'Édimbourg, dit qu'après les résultats solides enregistrés jusqu'à présent cette année, les actions des économies à croissance plus élevée de la région de l'Asie-Pacifique ne sont plus bon marché. « Ces actions ont été réévaluées, dit-il, mais les évaluations actuelles continuent d'être plus ou moins conformes à la moyenne des évaluations des dix dernières années. »

A propos de l'auteur
Sonita Horvitch est une journaliste chevronnée du domaine de la finance, dont la spécialité consiste à tracer le portrait des gestionnaires de fonds et de leurs stratégies. Avant de se joindre à Morningstar, elle a travaillé pour le National Post et son prédécesseur, le Financial Post, où elle était connue pour sa populaire chronique Buy & Sell, dont elle a eu la responsabilité de sa création en 1994 jusqu'en décembre 2008. Elle détient une maîtrise en économie des affaires de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg, Afrique du Sud.

Après des résultats assez modestes en 2016, l'Indice MSCI Asie-Pacifique tous les pays hors Japon a produit un rendement total de 12,2 % en dollars canadiens durant les trois premiers mois de l'année. « Il s'agit d'un des mois les plus solides en 30 ans pour cet indice, dit M. Graham, qui oeuvre depuis près de 30 ans dans l'industrie des placements, et particulièrement dans la région de l'Asie-Pacifique.

Jusqu'à présent cette année, Cet indice de l'Asie-Pacifique a été en grande partie propulsé par la reprise synchronisée de l'économie mondiale, les mesures de relance économique prises par la Chine au premier trimestre de 2016 et la révision à la hausse des bénéfices des sociétés par les analystes de placements. « Depuis le deuxième trimestre de 2016, on a assisté à une forte reprise du ratio des révisions de bénéfices à la hausse par rapport aux révisions à la baisse. » Cela survient, dit-il, après « un long cycle de révisions des bénéfices à la baisse ». Compte tenu de la reprise solide de l'indice depuis le début de 2017, il prévient qu'on pourrait assister à des prises de profits.

L'indice de l'Asie-Pacifique, qui exclut le Japon, comprend des actions des économies développées et émergentes. L'indice contient quatre pays développés, notamment l'Australie et Hong Kong, et huit pays des marchés émergents, dont la Chine et la Corée du Sud pour ne citer que les plus importants. « Dans l'ensemble, l'indice regroupe les pays qui recèlent des plus grandes occasions de croissance dans la région », dit M. Graham.

Le Japon, avec le plus faible taux de croissance du PIB de la région, soit un taux réel de 1,4 % (ajusté en fonction de l'inflation) prévu pour 2017, « possède sa propre dynamique ». En revanche, dit M. Graham, la région de l'Asie-Pacifique hors Japon devrait afficher une croissance du PIB de 6 % en 2017, avec un taux de 6,8 % pour la Chine et de 7 % pour l'Inde. De l'autre côté de l'éventail de croissance se trouve l'Australie, une économie plus mature, qui devrait afficher une croissance du PIB de moins de 3 %.

Pour ce qui est de la Chine, dit M. Graham, le gros projet du pays (« Une ceinture, une route ») annoncé il y a quelques années qui vient de faire l'objet d'un sommet à Beijing facilitera, s'il connaît le succès, le commerce entre la Chine et ses pays cibles. Par exemple, cela alimentera la demande externe pour certains produits chinois comme l'acier, le ciment et la machinerie. Ces produits, dit-il, sont fabriqués à un rythme qui dépasse les besoins de la Chine, « car la Chine a déjà connu un programme massif d'investissement dans les infrastructures ».

Dans le cadre de ce projet « Une ceinture, une route », M. Graham explique que la Chine cherche à encourager la construction de projets d'infrastructure dans plus de 60 pays. « De nombreux pays semblent être réticents à y participer, dit M. Graham. Pour beaucoup d'entre eux, il est perçu comme un moyen utilisé par la Chine d'élargir son influence géopolitique. »

Établie en 1881, Martin Currie possède des bureaux partout dans le monde, y compris à Singapour et à Melbourne. La firme agit comme sous-conseiller pour Gestion de Placements TD. Chez Martin Currie, M. Graham et son équipe sont responsables d'un large éventail de mandats, notamment le Fonds de croissance asiatique TD. M. Graham gère ce fonds de 96 millions $ en collaboration avec son collègue Paul Danes.

 

Andrew Graham
Andrew Graham

L'équipe asiatique de Martin Currie cible les compagnies qui ont des franchises établies et oeuvrent de préférence dans des industries qui possèdent des barrières élevées à l'entrée. Ces compagnies doivent générer de bons rendements de leurs capitaux propres et avoir des bilans solides. La gouvernance d'entreprise est un facteur important de l'analyse effectuée par l'équipe, dit M. Graham. Enfin, les évaluations sont un facteur essentiel. « Nous investirons dans l'action si elle se négocie au rabais par rapport à la valeur intrinsèque de l'entreprise estimée par l'équipe. » L'horizon de placement se situe entre trois et quatre ans.

Le Fonds de croissance asiatique TD est indexé sur l'Indice MSCI Asie-Pacifique tous les pays hors Japon. Le portefeuille, qui contient à présent 52 avoirs, est surpondéré en Chine, qui représente 31 % du portefeuille contre 25 % pour l'indice.

« Nous avons une surpondération en Chine depuis plus d'un an, ce qui reflète les occasions de valeur qui se présentent, dit M. Graham. Nous avons privilégié les compagnies de croissance du pays, dans le secteur de la technologie de l'information par exemple. »

M. Graham prend l'exemple de l'avoir chinois Tencent Holdings, une grande compagnie de services Internet du pays, comme exemple d'action répondant aux critères de l'équipe. Tenpay, le fournisseur de services de paiement en ligne de la compagnie, est « prospère et sa part de marché augmente ». Cela élargit l'éventail des services que fournit Tencent et augmente le temps de participation des clients. L'action fait partie des dix principaux avoirs du Fonds de croissance asiatique TD.

Le portefeuille détient une pondération plus petite dans Alibaba Group Holding (BABA), une autre compagnie de services par Internet qui détient une part importante du commerce en ligne du pays. Alibaba « est bien gérée et ses affaires se développent vite », dit M. Graham.

Tencent et Alibaba se font concurrence dans certains des mêmes segments des services en ligne, dit-il. « Ce sont tous deux des protagonistes majeurs de l'industrie qui possèdent une longueur d'avance sur les autres. » Le secteur des services en ligne de l'économie chinoise « devrait croître à un rythme plus soutenu que l'ensemble de l'économie chinoise ». Mais attention : les compagnies de ce secteur doivent avancer à pas feutrés pour s'assurer qu'ils n'entrent pas en conflit avec le gouvernement chinois. »

Mais là où M. Graham est le plus enthousiaste, c'est vis-à-vis de l'Inde. « Il y a tant de secteurs de l'économie qui sont sous-développés, notamment le segment des services en ligne, et ils présentent un grand potentiel. » Les activités de services en ligne en Inde n'en sont qu'à leurs débuts et sont principalement exploitées par des compagnies qui ne sont pas cotées en bourse, dit-il. Tencent et Alibaba investissent lourdement dans ce secteur en Inde, mais ces investissements ne représentent qu'une petite partie de l'ensemble de leurs affaires, dit M. Graham.

Une mise sur l'énorme demande de placements dans les infrastructures en Inde qui a trouvé sa place dans le portefeuille est IRB Infrastructure Developers, qui construit et exploite des routes à péages. Son carnet de commandes se chiffre à environ 2,3 milliards $. C'est une compagnie bien gérée, dit M. Graham, et « compte tenu du sous-développement du système routier en Inde et du nombre croissant de propriétaires de véhicules, les occasions de croissance de IRB Infrastructure s'étendront sur plusieurs dizaines d'années. »

M. Graham et son équipe choisissent bien leur place dans le secteur des services financiers de la région. « Le cycle du crédit dans la région s'est détérioré et touche le fonds. » Les avoirs du portefeuille en Australie illustrent la volonté sélective de l'équipe. « Nous sommes sous-pondérés dans les banques australiennes en raison de la faible croissance de l'économie du pays, du ralentissement de la croissance des prêts, et parce qu'il s'agit du seul grand marché de la région à subir actuellement une détérioration de la situation du crédit, dit M. Graham. La Commonwealth Bank of Australia, qu'il qualifie de « compagnie de services bancaires complets la mieux gérée en Australie », fait partie des 10 principaux avoir en portefeuille et constitue un avoir à long terme.

Le portefeuille possède une participation élevée à Macquarie Group par rapport à l'indice. Il s'agit d'une banque d'investissement et gestionnaire d'actifs d'envergure mondiale, dit-il. « Son chiffre d'affaire provient largement des frais qu'elle fait payer, ce qui signifie qu'elle dépend moins des activités de prêt. »

L'équipe asiatique de Martin Currie est prudente par rapport aux assureurs de la région. « On a assisté à des changements de réglementations qui ont touché l'industrie dans des pays comme l'Australie, la Chine et la Corée du Sud, et il est difficile d'en évaluer tout l'impact sur les données financières des sociétés. »

L'équipe continue de se concentrer sur les actions de la consommation discrétionnaire. M. Graham mentionne l'exemple du fabricant mondial de bagages de marque Samsonite International, qui est inscrit à la bourse de Hong Kong. L'Asie représente 37 % du total des ventes et 47 % du BAIIDA (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissements), dit-il. « L'Asie affiche des perspectives de croissance supérieure à celle des marchés plus matures de Samsonite en Europe et en Amérique du Nord. »

M. Graham et son équipe ont encaissé des profits dans plusieurs avoirs qui ont été performants. Par exemple, l'équipe a élagué sa participation à Samsung Electronics et Taiwan Semiconductor Manufacturing, dont les certificats américains d'actions étrangères (TSM) se négocient à la Bourse de New York. Ces deux actions continuent de faire partie des 10 principaux avoirs du portefeuille.

Alibaba Group
Holding Ltd.
Taiwan Semiconductor
Manufacturing Co. Ltd.
Clôture au 22 mai124,75 $35,40 $
Haut/Bas 52 semaines126,40 $-73,30 $35,80 $-24,21 $
Cap boursière315,6 milliards $177,1 milliards $
Rend total % 1 an*58,252,0
Rend total % 3 ans*-22,1
Rend total % 5 ans*-21,8
*Au 22 mai 2017. Tous les montants sont en dollars américains.
Source : Morningstar

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