Rencontre

Michael Hatcher préfère les sociétés de cartes de crédit aux banques.
par Sonita Horvitch | 07-06-17

Michael Hatcher, chef des actions mondiales et directeur de la recherche à Placements Trimark, dit que la conjoncture économique favorable aux actions dans les marchés développés aussi bien qu'en développement se reflète pleinement dans l'évaluation de ces dernières. « Il est donc prudent pour les investisseurs de faire attention aux actions qu'ils possèdent actuellement et d'être extrêmement sélectifs quand ils veulent ajouter des noms à leur portefeuille. »

A propos de l'auteur
Sonita Horvitch est une journaliste chevronnée du domaine de la finance, dont la spécialité consiste à tracer le portrait des gestionnaires de fonds et de leurs stratégies. Avant de se joindre à Morningstar, elle a travaillé pour le National Post et son prédécesseur, le Financial Post, où elle était connue pour sa populaire chronique Buy & Sell, dont elle a eu la responsabilité de sa création en 1994 jusqu'en décembre 2008. Elle détient une maîtrise en économie des affaires de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg, Afrique du Sud.

Les économies mondiales et les bénéfices des sociétés continuent à s'améliorer et les taux d'intérêt demeurent à un faible niveau -- tous des éléments positifs pour les actions, dit M. Hatcher. De plus, dit-il, la solidité de cette conjoncture économique mondiale « éclipse les préoccupations politiques qui se sont fait jour à la suite du vote au Royaume-Uni pour le Brexit en juin passé et de celui aux États-Unis qui a amené Donald Trump à la Maison-Blanche en novembre ». Plus récemment, le choix qu'ont fait les Français en mai d'avoir comme président le centriste pro-européen Emmanuel Macron « a stimulé le moral des investisseurs ».

Le marché boursier mondial a un comportement vigoureux, note M. Hatcher. L'indice MSCI ACWI Investable Market, indice mondial tous pays, a enregistré pour les quatre premiers mois de 2017 un rendement total (en dollars américains) de près de 9 %, ce qui équivaut à sa performance pour toute l'année 2016.

Pour les 12 mois qui se sont terminés à la fin avril, le rendement total de cet indice tous pays a été de 16 %, ce qui est bien au-dessus de son rendement annuel moyen de 6 % sur les trois années qui se sont terminées à la fin avril 2017. Cet indice clé piste les actions de 23 marchés développés et 23 marchés émergents.

Les actions des marchés émergents se sont comportées encore mieux que l'indice tous pays pendant les 12 mois qui se sont terminés à la fin avril, dit M. Hatcher. L'Indice MSCI Emerging Markets Investable Market a eu un rendement total de 19 % pendant cette période : une amélioration très nette par rapport à son rendement annuel moyen de 2 % sur les trois années qui se sont terminées à la fin avril.

M. Hatcher prévient que les évaluations d'actions dans l'univers mondial ne sont pas bon marché. L'indice tous pays se négocie à environ 16 fois les prévisions estimatives des bénéfices et l'indice des marchés émergents environ 12 fois. « On s'attendrait à ce que les actions des marchés émergents se négocient à une évaluation plus basse que leurs homologues des marchés développés, dit-il. Il règne davantage d'incertitude autour des marchés émergents au niveau des pays et il y a des problèmes de gouvernance au niveau des sociétés. »

Michael Hatcher
Michael Hatcher

À Placements Trimark, une division de la société torontoise Invesco Canada, les responsabilités extensives de M. Hatcher comprennent celle de gestionnaire principal du Fonds Trimark, produit phare de la société, et d'autres mandats comme le Fonds mondial d'analyse fondamentale Trimark et la Catégorie de dividendes mondiale Trimark.

Avec une sélection d'actions essentiellement ascendante, M. Hatcher a un horizon de placement à plus long terme. Il cible les sociétés qui sont les chefs de file de leur secteur, ont des barrières à l'entrée élevées, génèrent des flux de trésorerie solides et produisent des rendements élevés sur le capital investi. De plus, les actions des sociétés ciblées doivent se négocier au rabais par rapport à leur valeur intrinsèque telle qu'estimée par M. Hatcher.

Les sociétés américaines représentent environ la moitié des actifs du Fonds Trimark, qui détient 34 noms. Le fonds a une pondération de 14 % dans les marchés émergents, centrée sur « quelques noms ». Les plus grosses pondérations sectorielles sont dans la technologie de l'information et dans les biens de consommation courante.

Le portefeuille n'a qu'une pondération modeste dans le secteur des services financiers, dit M. Hatcher. « Nous préférons détenir les outilleurs de l'industrie financière, comme les sociétés qui fournissent des services de cartes de crédit, qui entrent dans la catégorie des sociétés technologiques, plutôt que les institutions financières elles-mêmes. »

Compte tenu de la difficulté à trouver des occasions répondant à ses critères, M. Hatcher dit qu'il n'a ajouté qu'un seul nouveau nom au portefeuille ces derniers temps. Il s'agit de  SAP (SAP), producteur mondial de logiciels établi en Allemagne. La société, dit M. Hatcher, se spécialise dans la planification des ressources des entreprises, dont l'utilisation est généralisée dans le secteur manufacturier. « C'est un logiciel essentiel aux missions des sociétés, et SAP est un protagoniste dominant dans ce secteur. »

SAP offre un soutien continu à ses clients moyennant des frais d'entretien annuels. « Cela permet à la société de s'assurer qu'elle a des revenus récurrents », dit M. Hatcher. « Les sociétés qui ont un revenu récurrent et des flux de trésorerie manifestes à long terme sont le point de mire de nos investissements technologiques, et pas les sociétés qui misent sur des cycles accélérés d'amélioration de produits. »

M. Hatcher indique qu'au moment où il a ajouté SAP au portefeuille, il a vendu un avoir de longue date dans  Oracle Corp. (ORCL). « J'ai des réserves sur la capacité qu'a la société d'opérer une transition réussie vers les services du Nuage, secteur encombré où la concurrence est sévère. » En revanche, dit-il, SAP a une force plus évidente dans les domaines des revenus et de la croissance des flux de trésorerie.

 Microsoft Corp. (MSFT) demeure un avoir central dans le Fonds Trimark, dit M. Hatcher. Son produit phare continue d'être Microsoft Office, mais la société est en train de bifurquer vers le secteur de l'information et des communications destinés aux personnes, dit-il. « Regardez donc son acquisition du site de réseautage professionnel LinkedIn et de la plate-forme de communication Skype. »

Une société brésilienne spécialisée dans les systèmes de paiement dont M. Hatcher a accru la pondération dans son fonds est Cielo SA, qui entre dans la catégorie des sociétés technologiques. Cielo fournit des services commerciaux, de traitement des paiements et de cartes de débit et de crédit. « Les clients de Cielo sont des commerçants locaux, note-t-il. « Ses produits et services leur permettent d'accepter Visa et Mastercard entre autres cartes de paiement. »

 Visa Inc. (V), également dans la catégorie des sociétés technologiques, est le plus gros avoir du Fonds Trimark. La société a une marque dominante et des perspectives d'expansions considérables, dit M. Hatcher, « même dans les marchés développés ». Les consommateurs du monde entier, dit-il, ont de plus en plus recours aux paiements par cartes plutôt qu'aux chèques ou au liquide. « Cela augure bien pour une croissance à long terme dans le domaine commercial des cartes de crédit. » De plus, note-t-il, Visa est en train d'intégrer sa technologie à des produits de paiement numérique d'une nouvelle génération.

Microsoft Corp.SAP SEVisa Inc.
Clôture du 5 juin72,28 $108,24 $96,55 $
Haut/Bas 52 sem72,89 $-48,04 $108,72 $-71,39$96,59 $-73,25 $
Cap boursière558,0 milliards $129,1 milliards $222,6 milliards $
Rend total 1 an (%)*42,535,021,6
Rend total 3 ans (%)*22,914,022,8
Rend total 5 ans (%)*22,415,528,3
*Au 6 juin 2017. Tous les chiffres sont en dollars américains.
Source : Morningstar

M. Hatcher remarque que Visa et  Mastercard Inc. (MA) constituent un fort duopole mondial dans une industrie où il y a de fortes barrières à l'entrée. Il y a environ un an, Visa a élargi son champ géographique en faisant l'acquisition de Visa Europe, qui était précédemment la propriété des banques membres de la région. « Cette acquisition produit de plus grandes économies d'échelle pour les deux sociétés devenues une seule et fournit une meilleure technologie et des prix plus avantageux pour Visa en Europe. » Visa, dit-il, a déclaré qu'elle était sur la bonne voie pour l'intégration de Visa Europe. L'action de Visa, dit-il, n'est pas bon marché, « mais la forte visibilité de la croissance de ses revenus ces dix dernières années justifie cette évaluation. »

Les actions des biens de consommation courante dans le monde entier se sont bien comportées et les évaluations sont « saines », dit M. Hatcher. Le plus gros avoir du Fonds Trimark dans ce secteur est la brasserie géante  Anheuser-Busch InBev SA/NV (BUD). L'automne dernier, Anheuser-Busch a finalisé l'acquisition d'une autre brasserie mondiale : SABMiller, société qui trouve ses origines en Afrique du Sud il y a plus d'un siècle. « La combinaison des deux va récupérer des économies d'échelle et représenter une part importante du marché de la bière dans le monde développé et en développement », dit M. Hatcher.

Un autre avoir parmi les 10 premiers du Fonds Trimark dans le commerce des boissons est la société chinoise Kweichow Moutai, fabricante de la série de boissons alcoolisées Moutai qui jouit d'une grande popularité en Chine. « En 2012, la société a souffert de la promulgation des lois anti-corruption dans ce pays car les produits de Kweichow Moutai avaient coulé à flots lors des réceptions d'État et ces nouvelles lois limitent désormais ces pratiques, dit M. Hatcher. « En 2016, nous avons initié une position dans l'action, qui était alors en disgrâce. »

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